Kevin Love, le géant élégant

A l’aube de sa dixième saison dans le grande ligue, Kevin Love a connu mille et un rôles et sentiments différents dans sa carrière. Jeune prodige à UCLA, franchise-player aux Wolves dans une équipe en difficulté, troisième option chez les Cavs de la nouvelle ère LeBron James dans l’Ohio, Love s’est toujours fait sa place dans l’ombre. Champion NBA, multiple all-star, champion du monde et olympique, la carrière de l’ailier fort de 2m08 est brillamment bien remplie. Et un nouveau rôle s’impose devant lui : devenir le fidèle lieutenant du King à Cleveland, un rôle qu’il peut pleinement assumer ?

Un avant-NBA bien chargé

Né en Californie le 7 septembre 1988, Kevin Love grandit dans l’Oregon. Il rencontrera un certain Klay Thompson avec lequel il deviendra ami avant d’entrer au lycée. Après une dernière saison monstrueuse pour le lycée Lake Oswego Lakers à base de 34 points, 17 rebonds et 4 passes décisives, il rejoint la mythique université de UCLA en 2007 après avoir donné son accord l’année précédente. Le joueur avait beaucoup hésité avec celle de North Carolina. Cette décision fut très mal digérée dans l’Oregon où beaucoup pensaient que le joueur choisirait de rejoindre les Ducks de l’Oregon. Avant des matchs contre UCLA, certains fans mécontents réussiront à obtenir le numéro de portable de Love, lui envoyant des messages obscènes et autres menaces de mort. Avec les Bruins, K Love ne jouera qu’une saison, entouré notamment de Russell Westbrook et Darren Collison, emmenant UCLA en demi-finales du Final Four, battus par les Memphis Tigers de Derrick Rose. Véritable poumon des Bruins avec ses 17,5 points et 10,6 rebonds (23 doubles doubles au total sur la saison), Love se présente à la draft 2008. Pressenti dans les premiers choix de draft, il est sélectionné en cinquième choix par les Memphis Grizzlies. Sélectionné derrière D-Rose, Michael Beasley, OJ Mayo et son coéquipier de UCLA Russell Westbrook, Love a été échangé avec Mike Miller, Brian Cardinal et Jason Collins aux Minnesota Timberwolves contre OJ Mayo, Antoine Walker, Marko Jaric et Greg Buckner dans un méga-trade entre Wolves et Grizzlies.

L’épopée Wolves

C’est après une Summer League accomplie avec les Wolves que Kevin Love commence en NBA le 29 octobre 2008 dans une courte victoire sur les Sacramento Kings. Sortant du banc, Love réalise déjà un match bien solide avec 12 points et 9 rebonds. Mais les victoires se font bien trop rares dans le Minnesota en ce début de saison, seulement 4 en 19 matchs. Randy Wittman, le coach, est alors viré, un peu moins de deux ans après sa mise en fonction. C’est alors Kevin McHale, la légende l’une des légendes des Boston Celtics, alors General Manager de ces bien pâles Wolves, qui prend les fonctions de coach. Et ce changement va permettre à un joueur de se développer : Kevin Love. Sous sa houlette, le poste 4 va améliorer son jeu d’intérieur avec beaucoup de moves dos au panier et commencer à développer ce shoot si soyeux qu’on lui connaît (essentiellement à mi-distance dans un premier temps). Et avec la blessure d’Al Jefferson, le temps de jeu de Love augmente considérablement. Il remporte le titre de rookie du mois de mars de la conférence Ouest et voit son rôle évoluer, jusqu’à devenir essentiel au jeu des Wolves. Si Minnesota fera une saison difficile avec l’un des pires bilans de la ligue, l’équipe a progressivement relevé la tête et finit par montrer de belles choses, à l’image de Kevin Love et de sa saison rookie jugée convaincante à 11 points et 9 rebonds. Mais l’ailier fort sera déçu d’apprendre que son coach et mentor coach McHale ne prolonge pas l’aventure dans le Minnesota, la faute au licenciement effectué par le nouveau GM David Kahn.

C’est alors l’adjoint de Phil Jackson aux Lakers, Kurt Rambis, qui débarque pour quatre ans.

A cause d’une blessure à la main gauche, Kevin Love loupe les 18 premiers matchs de la saison 2009-2010. Son impact est immédiat à son retour, mais Minnesota réalise une saison cauchemardesque avec le pire bilan de la ligue (15-67) malgré la progression statistique de Love (14 points et 11 rebonds).

Si la saison 2010-2011 des Wolves sera aussi bonne que la précédente (le même bilan et la même place à l’ouest), celle de Kevin Love sera celle de l’éclosion. Si sa saison débute poussivement, un événement va venir faire décoller pour de bon sa carrière NBA. Le 12 novembre 2010 dans un match à domicile contre les New York Knicks, Love réalise une performance gargantuesque à base de 31 points et 31 rebonds ! Tout simplement indigeste. C’est le premier joueur depuis Moses Malone en 1982 à réaliser un match à au moins 30 points et 30 rebonds.

43 points et 17 rebonds suivront le 18 décembre dans une défaite contre Denver, puis une sélection au All-Star Game en remplacement du malheureux et éternel blessé Yao Ming, ou encore un match à 37 points et 23 rebonds dans une victoire contre les Warriors. Une grosse saison en 20 points, 15 rebonds, 2,5 assists à 47% au shoot et 40% à trois points. Car oui, au delà d’être un intérieur doué de nombreux mouvements décisifs dos au panier, d’être un intérieur prenant beaucoup de rebonds, Kevin Love fut l’un de ces premiers intérieurs n’hésitant pas à s’écarter du panier pour apporter une menace constante grâce à un shoot gracieux et diablement redoutable. Justement récompensé du titre de MIP (Most Improved Playerjoueur ayant le plus progressé sur une saison), Love est devenu la nouvelle coqueluche des fans des Timberwolves. La preuve, il a vendu autant de maillots qu’un certain Kevin Garnett lors de sa saison de MVP de la saison régulière en 2004.

Après des semaines de négociations assez tendues avec ses dirigeants, le joueur de 23 ans prolonge son contrat pour quatre ans et la coquette somme de 62 millions d’euros le 25 janvier 2012, 5 jours après avoir planté le plus gros shoot du parking de sa carrière contre les Los Angeles Clippers au buzzer pour la victoire.

Une nouvelle fois All-Star, il réalise un mois plus tard son record de points en carrière : 51 points (sortez le pastis) contre un Thunder impuissant. Époustouflant. Il termine la saison à 26 points, 13,3 rebonds, 2 assists et 1 interception en 39 minutes par match… Et pourtant, malgré son énorme saison, malgré le nouveau changement de coach (au revoir Kurt Rambis, hello Rick Adelman) et malgré un bilan équilibré à 17 victoires et 17 défaites au All-Star break, les Wolves s’effondrent sur les dernières semaines, la faute notamment à la blessure de Ricky Rubio. Toujours pas de playoffs, l’impatience commence à monter chez l’ancien pensionnaire de UCLA.

Et la frustration du numéro 42 des Wolves ne va que s’aggraver. En plus d’être de plus en plus en désaccord avec son front-office, Love va vivre une saison cauchemar. En plus d’être délaissé par les blessures de ses coéquipiers (notamment Brandon Roy), Love ne dispute que 18 matchs après diverses blessures aux mains gauche et droite. Malgré cela, les jeunes loups reprennent des couleurs. La preuve, c’est la première saison depuis le départ de Kevin Garnett en 2007 que Minnesota remporte plus de 30 matchs (31-51) sur une saison et coach Adelman remporte sa millième victoire en carrière.

Kevin Love, Cleveland Cavaliers (ex-Minnesota Timberwolves) – © NBAE via Getty Images

La saison 2013-2014 s’annonce prometteuse dans le Minnesota. David Kahn est remplacé au poste de General Manager par le mythique et malheureusement défunt Flip Saunders, ancien coach des Wolves sous l’ère KG allant jusqu’en finales de conférences en 2004 (défaits par les Lakers du Shaq et de Kobe). Cette décision redonne le moral à un Kevin Love revanchard et déterminé à revenir au top après une saison gâchée. Et il ne va pas décevoir. Franchise-player incontestable et formant un duo complémentaire avec Rubio, Love va claquer une énorme saison à 26 points, 12,5 rebonds, plus de 4 assists et près d’une interception. De nouveau All-Star (pour la troisième fois), il réalise ses trois premiers triples-doubles et devient le troisième joueur en 30 ans à enchaîner 5 matchs à au moins 30 points et 10 rebonds, accompagné seulement du Shaq et du « Mailman » Karl Malone (voilà voilà…). Mais malgré tout l’amour qu’a mis Love sur cette saison (oui elle était facile celle là), les Wolves, malgré leur première saison à au moins 40 victoires depuis 2005 (40-42), rateront de peu les playoffs pour la dixième saison consécutive… En plus d’être frustré par cette énième non-participation en post-season, Love le sera davantage par le départ à la retraite de coach Alderman. Et il se murmure en coulisses que le joueur souhaiterait quitter les jeunes Loups. Ça tombe bien, le front-office des Wolves n’est pas contre cette idée.

De Franchise Player à second lieutenant

Alors que LeBron James a fait son retour dans l’Ohio durant le mois de juillet 2014, le King souhaite avoir une équipe à ses côtés capable d’aller chercher le titre dès cette saison 2014-2015. Déjà accompagné par l’enfant de la maison Kyrie Irving, LeBron, comme à l’époque des « Three Amigos » du côté de South Beach, souhaite former un Big 3, un trio de trois All-Stars qui emmène l’équipe vers le haut. Et ce troisième larron pour accompagner le duo Irving-James n’est autre que notre Kevin d’amour (très bien j’arrête, promis). Dans un échange à trois avec Minnesota et Philadelphie, les Cavs récupèrent Love et ont enfin leur fameux Big 3 le 23 août 2014.

Réussir à refourguer ce boulet d’Anthony Bennett et le jeune talentueux mais inexpérimenté rookie Andrew Wiggins pour obtenir Love ressemble à un coup de maître de la part du GM David Griffin. Et pourtant, tout ne va pas tout de suite fonctionner comme prévu. Avec un nouvel effectif, un nouveau coach (le désormais porté disparu David Blatt) et donc une nouvelle identité de jeu à développer et maîtriser, Cleveland met du temps à se mettre en route. Irving et Love sont pointés du doigt pour leur manque d’apport aux côtés d’un James un peu seul. Mais un trade en janvier voyant JR Smith et Iman Shumpert arriver, en plus de l’arrivée de Timofey Mozgov et du départ de Dion Waiters vont voir les Cavs se mettre en marche vers le titre. Une deuxième place au sein de la conférence Est derrière des Hawks séduisants, Cleveland est lancé. De son côté, K Love a réalisé une saison correcte, mais bien en retrait de ce qu’il faisait dans le Minnesota. 16,4 points, 9,7 rebonds et 2 assists. Si certaines rumeurs en coulisses circulaient quant à une relation compliquée avec James, Love a su rester concentré sur son jeu et montrer du mieux sur l’après All-Star Game (où il n’a pas été sélectionné). L’essentiel est ailleurs pour K Love, il va enfin découvrir les playoffs ! Mais après un bon début de série contre des Celtics bien trop tendres, l’ailier-fort va voir sa saison s’achever après un accrochage bien trop virulent de Kelly Olynik lors du match 4. Épaule déboîtée, saison terminée… C’est donc en dehors du terrain qu’il verra son équipe réussir à aller en finale défier les Warriors mais se faire battre au bout de six matchs relevés mais où LeBron James était bien trop seul, délaissé par la cheville brisée de Kyrie Irving dès le Game 1.

Malgré des rumeurs faisant état d’un possible départ de Cleveland, Kevin Love prolonge son contrat avec les Cavs. Plus affûté et à l’image de ses coéquipiers revanchards, Love veut revenir plus fort que jamais. Malgré les nouvelles polémiques entourant sa complicité peu évidente avec The Chosen One et les nombreux démentis des deux intéressés, Cleveland réussit sa saison, finissant premier à l’Est et écrasant la concurrence en post-season. Ayant effectué une saison similaire à la précédente, le poste 4 semble avoir enfin pris ses marques sur les trois premiers tours avec des perfs proches de ses stats de l’époque Wolves. Son impact défaillant sur les matchs 3 et 4 contre Toronto a pesé et a pénalisé les Cavs de deux défaites. Mais deux bons matchs plus tard, la franchise de l’Ohio atteint les Finals pour la deuxième année consécutive pour affronter des Warriors qui semblent être imbattables. On ne va pas réécrire le scénario incroyable de ces Finals, mais au final LeBron a tenu sa promesse de conquête d’un titre NBA pour une franchise vierge de trophée Larry O’Brien. Cleveland est champion et Love de même, malgré des Finals où le poste 4 a eu un impact dérisoire et décevant, malgré deux derniers matchs irréprochables au niveau de l’état d’esprit et de la mentalité (cette défense sur Stephen Curry lors du game 7 après le tir de Kyrie Irving en est la preuve).

Stephen Curry, Golden State Warriors & Kevin Love, Cleveland Cavaliers – © NBAE via Getty Images

Enfin débarrassé de la frustration qui le rongeait, Kevin Love arrive détendu mais pour autant très déterminé à l’aube de cette nouvelle saison où l’objectif du côté de l’ex «Believeland» est le back-to-back. Malgré une blessure mi-février lui faisant louper une dizaine de matchs et le All-Star Game où il fut sélectionné après trois ans d’absences, Love réalise une meilleure saison, bien plus à l’aise sur le terrain et avec ses coéquipiers. 19 points et 11 rebonds, c’est très honnête pour le troisième couteau des Cavs. Des actions décisives comme un tir à trois points ultra-clutch contre les Knicks dans une victoire au Madison Square Garden, ou une passe exceptionnelle de Quaterback pour un LeBron James lâchant l’un des tirs de l’année contre les Wizards, et voilà Love de retour à un niveau à hauteur de son talent. Mais les Cavs ne réaliseront pas de back-to-back, la faute à des Warriors bien trop forts et imbattables sur une série de Playoffs (4-1).

Encore sous contrat jusqu’en 2020, Love a l’opportunité d’obtenir un rôle encore plus important cette année. Avec le départ de l’enfant chéri Kyrie Irving tradé aux Celtics et avec l’état de la hanche de Isaiah Thomas inclu dans le package donné aux Cavs en échange de Uncle Drew, Love pourrait sortir une belle saison 2017-2018 aux côtés d’un LeBron de nouveau en mission et d’une équipe de Cleveland qui s’est malgré tout bien renforcée pour cette nouvelle saison. Le style de jeu de Love sera en tous les cas très utile.

Un joueur atypique

Kevin Love est un joueur avec un profil de jeu très moderne. Ce fut l’un des premiers intérieurs à s’écarter de l’arceau pour apporter une menace face à la défense grâce à son shoot extérieur. Tournant à plus de 36% en carrière (ce qui est très honnête), Love a fait de son shoot très soigné l’une de ses marques de fabrique. Mais hormis ce shoot, l’ailier fort possède un réel jeu d’intérieur avec une palette très complète dos au panier ou en un contre un face à son adversaire direct. Gros rebondeur, le poste 4 soulage sa défense et son coéquipier au poste 5 et donne peu de seconde chance à l’attaque adverse pour une nouvelle possession. D’abord franchise-player dans une équipe à la peine, Love a su s’adapter à sa nouvelle fonction en débarquant à Cleveland même si cela a pris du temps : être lieutenant de King James.

Kevin Love, Cleveland Cavaliers – © NBAE via Getty Images

Mais toutes ces qualités viennent masquer un fâcheux défaut chez K Love : son manque d’apport défensif. S’il est clairement l’un des intérieurs les plus talentueux offensivement, Love est l’un des plus mauvais défenseurs chez les big men (même si ça s’améliore légèrement avec le temps). Manque d’agressivité voire de physique, son manque d’impact a parfois pu pénaliser son équipe, notamment dans ses match-ups face à Draymond Green en Finals.

Mais mettons-nous d’accord sur une chose, Cleveland possède un joueur au talent immense qui rendra sans doute encore bien des services dans l’Ohio.

Kevin Love, ou l’élégant géant.

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