Trey Burke : La dure loi du haut niveau

« Allô, Papa Tango Charly, allô Papa Tango Charly, répondez nous vous cherchons ! »
« Ohé, ohé, capitaine abandonné… »

Chacun choisira son tube pour symboliser sa vie actuellement… Si Trey Burke cherchait à marcher dans les pas du talentueux et très humble Michael Beasley (LOL), pour l’instant, il fait encore pire… A 24 ans, la carrière de l’ancien Wolverine semble ressembler à celle d’une étoile filante avant l’heure. Comment un tel talent a pu être stoppé si net dans son ascension au sein de la grande ligue ? Retour sur un néo agent libre qui rime avec un gachis.

Une jeuness besognieuse

Unique fils d’un ex-joueur universitaire et d’une ancienne joueuse au lycée, il fut assez vite bercé dans le sport à la balle orange. Né et grandi à Colombus, Ohio, terre d’un certain King, il a été un des coéquipiers de Jared Sullinger avant l’école primaire, le monde est très petit. Il eut le choix de son lycée et de l’équipe dans laquelle il jouerait par la suite, celle de Northland High School, entraînée par le père de Jared (oui, oui encore les Sullinger!) ou bien, celle où son père y est coach assistant, à Eastmoor Academy. Jugeant pouvoir mieux progresser sous la houppe du premier, et avec une meilleure équipe, le Ohio’s Mr Basketball 2011 choisit de rejoindre Northland HS en 2007. A 15 ans, il n’est pas avare d’heures supplémentaires pour travailler son physique. Il ne joue que peu de minutes en cette 1ère année de lycée. La suivante annoncera une montée en puissance du jeune meneur, avec des lancers décisifs en demi finale régionale et en finale de l’État.

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L’avant dernière année de lycée sera l’année du trio Burke-Sullinger-Weatherspoon, qui menèrent même l’équipe jusqu’à la 1ère place au classement des lycées des USA en cours de saison, pour quelques semaines. Lors de sa dernière année, Jared et Weatherspoon partis à Ohio State, Trey se charge de porter l’équipe sur ses épaules (23,6 pts, 6,8 p.d, 3,1 rbds, 2,6 interceptions à presque 60 % aux tirs et 46 % à 3 pts) et signe en novembre 2010, un engagement avec l’université de Michigan. A la fin de l’année, ESPN le classe 15ème des meilleurs meneurs des USA.

L’année 2013

Après une 1ère saison concluante pour le jeune Burke, où il finit co meilleur Freshmen of the Year de la Conférence Big Ten avec Cody Zeller (mais éliminés d’entrée du tournoi NCAA par Ohio), Trey se désintéresse de la draft 2012. Malgré les réflexions avec ses proches, la faiblesse de la draft au poste de meneur et la saison convaincante qu’a produit Trey, il reste sur son premier choix, et rempile pour une année sophomore avec les Wolverines pour la saison 2012-2013. Un choix plus que payant, puisque Trey Burke va effectuer une saison encore supérieure à la précédente.

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Avec une progression de 10 cm en détente sèche (WTF ?!!), Trey est d’ores et déjà classé au 9ème rang All American en pré-saison sur le top 100 de CBS Sports. Michigan démarre sa saison invaincue durant 3 mois (20 victoires consécutives !). Trey devient le 7ème Wolverine à atteindre la marque des 1000 points en jaune et bleu, ainsi qu’un total record de 260 passes décisives en 39 rencontres (6,7 p.d par match). Il finit la saison régulière en tête des stats de son équipe en points, passes décisives et 2ème en interceptions. Mais c’est lors du tournoi NCAA 2013 que Trey va atteindre des sommets. Après avoir éliminé South Dakota State et VCU (Virginia Commonwealth University) sans trop de difficultés, la tête de série n°4 affronte Kansas, n°1 au classement du jeune Ben McLemore, en demi finale régionale. Burke fera un des meilleurs matchs de sa carrière. Menés de 10 points à 2mn30 de la fin du match (et 8 pts à 1mn20 !!), la qualification de Michigan était un rêve qui s’éloignait. Trey va forcer le meneur adverse à violer les 8 secondes de remontée du demi terrain, il fera une passe décisive et inscrira 8 pts dans cet incroyable comeback, dont le panier digne de Steph Curry pour recoller à 76-76 :

Trey emmène toute une équipe dans son sillage, l’overtime sera étouffant mais Michigan s’en sortira sur un tir pour la gagne raté de Kansas (85-87). S’en suivit un petit blow-out complet en finale régionale contre Florida (79-59) où les Wolverines ont démarré par un 20-4 en 7 minutes (!), réussissant presque tout et asphyxiant les Gators en défense. Burke participe en tout point de vue au résultat (15 pts, 8 rbds, 7 p.d et 3 interceptions), bien aidé par Mitch McGary (11 pts, 9 rbds) et Nick Stauskas (22 pts dont un mignon 6/6 derrière l’arc). Il est très logiquement désigné MOP du tournoi sud régional. La demie du Final Four face à Syracuse est moins glorieuse pour Trey, mais toute l’équipe fait le job et Michigan peut goûter à sa 1ère finale NCAA depuis 1993. La finale se joue face aux Louisville Cardinals. Michigan démarre bien sous l’impulsion de Burke et de Spike Albrecht (auteur de gros tirs et de 17 pts en 1ère mi temps) en comptant jusqu’à 12 pts d’écart. Malheureusement, Hancock contribue au 14-3 des siens avant la pause avec 4 tirs primés d’affilé pour revenir à 1 point de Michigan. La 2nde mi temps sera sous tension, mais Louisville finira par s’imposer 82-76. Burke aura tout tenté, 24 pts, 3 p.d, 4 balles perdues, mais le collectif jaune et bleu est bien contenu, Stauskas et McGary étaient en deçà de leurs stats habituelles… On retiendra un petit tournant du match (à 64-67) : ce contre sifflé comme une faute de Trey sur le meneur adverse Silva, qui permit à Louisville de commencer à creuser son écart qu’il conservera.

Sérieux… y a pas faute… Et quand je vous parlais de sa progression en détente… A l’issue de sa magnifique saison, Trey reçut de nombreuses récompenses dont les plus prestigieuses : Naismith College Player of the Year, the John R. Wooden Award, the Bob Cousy Award, the Oscar Robertson Trophy,… bref, les cartons de fin d’année vont être plus lourds qu’à l’arrivée. Ça y est, finie la fac’, le gamin d’Ohio saute le pas et veut aller chez les pros.

La NBA : Le grand bain

A mi-chemin des caractéristiques physiques d’un Chris Paul et d’un Tony Parker (1m85 pour 87 kg), Trey Burke est pressenti pour être le premier meneur sélectionné lors de la draft. Malgré tous ses titres, il est drafté par Minnesota en 9ème position, mais envoyé directement aux Utah Jazz contre les choix 14 et 21 de la draft. Il démarre en Summer League timidement avec des difficultés à ajuster ses tirs longue distance (1/19 derrière l’arc). Utah démarre mal la saison, souffrant de l’absence pour quelques semaines de son meneur rookie pour une blessure à l’index droit.

Trey Burke, Utah Jazz
Trey Burke, Utah Jazz – © NBAE via Getty Images

Le retour de Burke le 20 Novembre fait du bien au Jazz qui renoue avec les victoires. Il enchaîne les bonnes performances, avec une pointe à 30 pts, 7 rbds et 8 p.d contre Orlando le 18 Décembre, ce qui lui vaut la récompense de Rookie du mois de Décembre à l’Ouest. Un passage réussi au All Star Weekend avec le match Rising Stars (où il retrouve l’ex-Wolverine Tim Hardaway Jr dans son équipe) et le Skills Challenge remporté, Burke poursuit sa première saison avec le Jazz, auréolé du Rookie du mois de Janvier et d’Avril. Avec des stats de 12,8 pts, 5,7 p.d et 3 rbds par match, Trey finit 3ème du titre de Rookie de l’année derrière Carter-Williams et Oladipo. Ses pourcentages restent moyens (38 % aux tirs, 33 % à 3 pts) mais lui laissent une marge de progression pour la suite.

La lente dérive

Espérant faire mieux que ses 25 victoires sur la saison régulière 2013-2014, Utah démarre la nouvelle saison avec des attentes plus importantes de leur jeune meneur. Burke redémarre sur ses standards de meneur scoreur, mais à la mi-janvier, l’entraîneur du Jazz décide de mettre Trey sur le banc au profit de Dante Kantum (jeune rookie australien). L’équipe finit la saison sur un 24-17 avec ce choix, finissant avec un bilan honorable de 38 victoires et 44 défaites. Trey a des statistiques décevantes pour un meneur, sûrement trop axé sur le scoring (12,8 pts, 4,3 p.d avec 37 % aux tirs, 31 % à 3 pts et 0,9 interceptions). Ses mauvais pourcentages, sa défense très moyenne et son absence de travail dans le jeu sans ballon se payent cash en NBA… Et un record égalé… 0 sur 11 à 3 pts le 2 Janvier. Ses faiblesses, déjà décelées lors de la draft, se révèlent une fois de plus (sa taille pour la NBA, ses choix de tirs et son impact défensif).

Trey Burke, Utah Jazz
Trey Burke, Utah Jazz – © NBAE via Getty Images

Trey réussit quelques perfs au scoring l’année suivante, une nouvelle fois, mais est coupé au poste de titulaire. Le jeune Neto répond plus aux critères du coach et permettant une meilleure harmonie dans l’équipe. Son temps de jeu passe de 30 mns les 2 saisons précédentes à 21 mns par match en 2015-2016. Ses pourcentages s’améliorent mais Trey peine à progresser en défense et à être plus qu’un simple scoreur. La mayonnaise ne prend pas, le bosseur qu’il était au temps du lycée ne trouve pas les solutions pour pallier ses défauts, et à la fin de la saison, le meneur de 23 ans est envoyé chez les Wizards contre un choix de 2ème tour de 2021 (!!). Aucune chance d’être titulaire à côté du n°1 de la draft 2010 évidemment… Burke aura donc un rôle de back-up de la star du club John Wall. Il fait quelques pointes à 27 points en début de saison, mais l’arrivée de Brandon Jennings en Février fera baisser son temps de jeu déjà bien maigre (12 mns par match en moyenne).

Trey Burke, Utah Jazz – © NBAE via Getty Images

Il ne jouera même que 15 mns à partir de la fin février, et ce, jusqu’au dernier match de saison régulière, mi-avril… Les bâtons dans les roues s’enchaînent, Trey n’arrive pas à s’en sortir, une certaine résignation s’installe… Il prend toujours des tirs compliqués, pénètre assez peu au final et ne fait pas briller ses coéquipiers. Washington choisit fin 2017 de ne pas renouveler son contrat et de le laisser agent libre.

A bientôt 25 ans, ce talent brut, à l’instar des Derrick Rose ou Brandon Roy, n’est pas freiné par les blessures, mais par son manque de progression et un mental défaillant au plus haut niveau.
Attention, il a du sang froid, le bonhomme (en témoigne son buzzer beater au Madison Square Garden), mais à l’inverse d’un Draymond Green ou un Isaiah Thomas, qui auront su saisir les
moindres opportunités pour briller et progresser, Trey stagne et n’apporte pas une grande plus value à l’équipe. De nombreux joueurs réagissent au manque de temps de jeu par le travail et en répondant aux attentes du coach sur le terrain. Au haut niveau, la concurrence est rude et Burke n’a jamais vraiment été confronté à cela jusqu’à sa deuxième saison NBA. Au lycée et au College, ses défauts étaient gommés par ses qualités offensives et son physique. En NBA, ça ne suffit plus. Il s’agit d’être complet des deux côtés du terrain, avec et sans ballon, et de ne pas être cantonné qu’à un seul rôle. Quand Trey aura intégré cela, peut-être aura t-il de nouveau la confiance d’un entraîneur. En attendant, si l’argent est son seul credo (ce qui est triste si jeune), la Chine lui fera sans doute un pont d’or…

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