Damian Lillard : MC Lillard ou Mister Han Solo

Cela fait déjà cinq saisons au compteur de Damian Lillard en NBA. Le natif d’Oakland, leader incontesté des Blazers aujourd’hui, semble de plus en plus en fort dans une franchise pourtant trop irrégulière. Jusqu’où Dame pourra porter sur ses épaules ses coéquipiers, ses fans, la ville de Portland et tout l’Oregon entier ? Focus sur le numéro 0 au flow déconcertant sur en en dehors des parquets. 15 juillet 1990. Ce jour là, Alain Prost remporte le grand prix de Grande Bretagne sur le mythique circuit de Silverstone. Sinon pas grand chose d’autre à se mettre sous la dent, si ce n’est la naissance du petit Damian Lillard en Californie, dans une certaine ville du nom de Oakland. Désolé pour les fans de Formule 1, mais dans cet article nous allons parler du petit Damian, il y a pas mal de choses à dire sur le monsieur.

Brillant dans sa carrière lycéenne dans son lycée d’Oakland, Lillard rejoint l’université de Weber State à Ogden dans l’Utah. Le changement de paysage et de cadre de vie est certes radical mais néanmoins Dame ne sera pas dépaysé pour autant. Il jouera quatre ans pour les Wildcats et posera en moyenne plus de 18 points, 4 rebonds et 3 passes décisives le tout en ratant la quasi intégralité de sa troisième saison et en plantant 24,5 points de moyenne sur sa dernière saison. Les Spartans de San Jose se souviendront notamment du 3 décembre 2011 où un Damian Lillard en feu inscrivit 41 points dans un match remporté par les Wildcats au bout du suspens après deux prolongations mais avec un Dame clutch comme pas possible. Définitivement repéré par tous les scouts des franchises NBA grâce à cette dernière saison, Lillard se présente à la draft 2012 et est attendu dans le top 10 aux côtés des Anthony Davis, Bradley Beal, Draymond Green etc… Attention confirmée, c’est dans l’Oregon que le natif d’Oakland débutera sa carrière avec les Blazers de Portland en étant sélectionné au sixième rang juste derrière le futur hall of famer Thomas Robinson (oh wait). Il vient renforcer un poste où les Blazers manquent de talent et va pouvoir apporter son aide au franchise player actuel, LaMarcus Aldridge. Et le bonhomme va faire rapidement parler de lui.

Damian Lillard 3 pointsDamian Lillard, Portland Trail Blazers – © NBAE via Getty Images

Le duo Dame-LaMarcus

En disputant la ligue d’été 2012 de Las Vegas, il démontre toute sa classe et tout son talent en étant élu co MVP du tournoi avec le toujours porté disparu Josh Selby à l’époque aux Grizzlies, avec des stats de plus de 26 points, 5 assists et 4 rebonds. Et pour son premier match, Lillard est déjà bouillant en inscrivant 23 points et en délivrant 11 passes décisives contre les Lakers de Kobe pour son premier match NBA. Alors des joueurs qui pour leur premier match marquent au moins 20 points et délivrent au moins 10 assists il n’y en avait que deux dans l’histoire de la NBA avant le numéro 0 de Portland, «Big O» Oscar Robertson et «Zeke» Isiah Thomas. Et la suite de la première saison dans la grande ligue du jeune Damian sera tout aussi belle avec un shoot décisif dans une victoire au bout du suspens (95-92) contre les New Orleans Hornets mi-décembre, une participation au Rising Star Challenges, une victoire lors du tournoi Taco Bell Skills Challenge ou encore un petit career high à 38 points en fin de saison contre des Lakers décidément bien aimés par un Lillard qui sera unanimement élu Rookie of the Year, comme Ralph Sampson, David Robinson et Blake Griffin avant lui. Et malgré une superbe première saison à auteur de 19 points, 6,5 assists et 3 rebonds pour Lillard, les Blazers réalisent une nouvelle saison difficile, plombée par les blessures de Aldridge, Wes Matthews ou encore de notre Nico Batum national. Pas de playoffs dans l’Oregon.

Mais l’espoir de campagnes post saisonnières à Portland a refait surface avec la draft de Damian Lillard, adoubé par les fans des Blazers. Possédant un style de jeu ultra offensif à base de drive, de pénétration dans la raquette et surtout de shoot, il voit ses lacunes en défense compensées par l’impact de Wes Matthews et Nicolas Batum dans ce domaine. Et il semble être le parfait complément pour l’homme fort de la maison Blazer, LaMarcus Aldridge. On fait confiance à l’avenir du côté de Portland, et cette confiance va d’ailleurs porter ses fruits.
Dès la draft 2013, les Blazers draftent un jeune combo guard en dixième choix du nom de CJ McCollum dont on parlera un peu plus tard. L’effectif change peu et les automatismes sont bien meilleurs que la saison précédente. Résultat des courses, avec un duo Lillard-Aldridge de folie, Portland retourne en playoffs, finissant cinquième à l’Ouest avec un super bilan de 54 victoires pour 28 défaites. Damian Lillard réalise une saison sophomore absolument superbe avec 21 points, 6 caviars, 3,5 rebonds et toujours près d’un vol par match. Son entente avec LMA est très bonne et il est parfaitement responsabilisé par un coach qui lui fait totalement confiance. 82 matchs disputés, 41 points contre les Queens Kings de Sacramento début janvier 2014, première sélection au All Star Game en plus de disputer le Rising Star, le concours de dunks et le concours à trois points et une première participation à la post-season. Une saison de rêve pour Dame qui ne veut néanmoins pas rester en si bon chemin. Le premier tour à l’ouest entre le quatrième et le cinquième voit une sympathique confrontation entre Blazers et Rockets arriver. Dans une série équilibrée, Portland l’emportera en six matchs, avec un game 6 épique. Chandler Parsons l’opportuniste pensait offrir un game 7 bouillant à Houston City, en récupérant une balle perdue et en inscrivant le lay-up (un panier comparable à un but de Filippo Inzaghi au foot !). 0,9 secondes à jouer. Nicolas Batum est à la remise en jeu. Écran posé en tête de raquette, Parsons est piégé et lâche son marquage sur Lillard qui reçoit la balle et dégaine à 8 mètres. BANG. Le Moda Center explose juste après le raisonnement du buzzer final. Portland décolle en demi-finales de conférence pour la première fois depuis 2000 et les fans de Houston font encore des cauchemars de l’issue de ce sinistre 2 mai 2014 pour eux.

Mais la franchise de l’Oregon ne fera clairement pas le poids face aux futurs champions les Spurs, tout simplement injouables sur cette saison 2013-2014 (4-1). Lillard aura le droit à une dernière distinction individuelle en étant nommé dans la All NBA Third Team en compagnie de son pote LaMarcus, de Paul George, de Goran Dragic et de Al Jefferson (oui oui vous avez bien lu).

La saison 2014-2015 est du même calibre pour Portland. 3 wins de moins mais encore une solide saison à plus de 50 victoires, une place de mieux (quatrièmes) et un duo LMA-Dame toujours très performant. Le natif d’Oakland réalisera une saison quasi similaire à la précédente, avec un nouveau record de points en carrière avec 43 points (dédicace à la Haute-Loire) sur les Spurs lors d’une victoire des Blazers histoire de réchauffer l’ambiance en ce soir de 19 décembre 2014. On notera une deuxième participation au all star game en février de l’année suivante (et sa dernière pour le moment…HUM) et une nouvelle participation en post-season. Mais cette fois-ci, Portland va fadement se faire sortir par des Grizzlies très performant qui n’encaisseront qu’une fois plus de cent points sur la série. Ça sent la fin de cycle dans l’Oregon, à cause ce décevant résultat.

Si Damian Lillard touche le pactole avec une sympathique prolongation de contrat de 120 millions sur 5 ans, les autres membres du 5 de départ que sont Robin Lopez, Nicolas Batum, Wesley Matthews et LaMarcus Aldridge s’en vont. Débute un nouveau cycle dans l’Oregon, celui de Lillard franchise player.

Le rôle de franchise player

Damian Lillard dunk
Damian Lillard, Portland Trail Blazers – © NBAE via Getty Images

Cette reconstruction dans l’Oregon va forcément faire spéculer les médias et les observateurs assidus de la NBA. Tout le monde annonce une saison moribonde pour les Blazers, et effectivement quand tu perds quatre de tes cinq titulaires, il y a de quoi se poser quelques questions…(surtout quand ton seul véritable renfort dans ce bazar ambulant qu’a été l’intersaison 2015 à Portland est Mason Plumlee). Et le début de saison est compliqué pour des Blazers valeureux mais peu emballants dans le jeu. Damian Lillard en vient même à louper les premiers matchs de sa carrière NBA, lui qui restait sur 275 matchs consécutifs disputés. Mais Terry Stotts va trouver la bonne formule, celle qui va permettre aux Blazers de remonter la pente. CJ McCollum est aligné aux côtés de Dame, et cette association va marcher du feu de dieu, en faisant de cette paire d’arrières l’un des back-courts les plus excitants de la ligue. Et à côté de ça, des roles players vont faire le boulot bien comme il faut, à l’image des Mason Plumlee, Allen Crabbe, Moe Harkless ou encore Al-Farouq Aminu. Lillard quant à lui se comporte en patron de cette jeune équipe, en enchaînant des performances à plus de 30 points, 40 points et même 50 points à deux reprises (coucou les Warriors et les Raptors). Au final, une saison à plus de 25 points de moyenne, tandis que son pote CJ tourne autour des 21 points, ce qui en fait la première paire d’arrières de l’histoire de la franchise des Blazers à plus de 20 points de moyenne pour les deux joueurs. Ajoutez à ça 7 assists, 4 rebonds et 1 vol et vous avez une saison en mode boss de l’équipe pour un Lillard détonant. Et si le numéro 0 de Portland n’a pas été invité aux festivités de la mi-février, il va s’inviter à celles de mi-avril (et plus si affinités). Portland est cinquième de l’Ouest avec 44 wins et va affronter les Clippers de L.A. Le mot poisse viendra une fois de plus parfaitement décrire les Clipps qui perdront successivement Chris Paul et Blake Griffin dans cette série qu’ils semblaient pourtant maîtriser. Lillard et sa bande ne se font pas prier et après 6 matchs s’envolent pour Oakland et les demi-finales de conférence contre les champions en titre, les Golden State Warriors. Confrontation émotionnelle pour un Lillard déterminé. Il ne descendra jamais en dessous des 25 points et montra même jusqu’à 40 pions sur l’unique victoire des siens sur le match 3 au Moda Center. Pas de regrets pour des Blazers inférieurs à la meilleure équipe de saison régulière de l’histoire, défaite 4-1. Et l’optimisme est de mise dans l’Oregon après cette première saison de l’ère Lillard.

Damian Lillard shoot vs Golden State Warriors
Damian Lillard, Portland Trail Blazers – © NBAE via Getty Images

Mais Portland va vite déchanter. Une intersaison poussive, une saison poussive, une qualification en playoffs ric-rac et un bon gros sweep par des Warriors vénèrs. Mais à titre personnel, Lillard a réalisé une grosse saison à 27 points, 6 assists et 5 rebonds de moyenne. Pas mal de grosses performances, quelques anecdotes sympa comme le fait que le 28 janvier 2017, il devenu le troisième joueur de l’histoire avec Michael Jordan et LeBron James à taper la barre des 8000 points et 2000 assists en cinq saisons disputées. Il recevra le prix Magic Johnson à la fin de la saison, prix anecdotique mais qui montre la loyauté de Lillard, sur le parquet, avec les médias et les fans.

Quel avenir pour Lillard et les Blazers ?

La saison 2017-2018 arrive, et une question se pose : Quelle saison pour les Portland Trail Blazers ? L’effectif a peu changé, l’arrivée de Jusuf Nurkic en février a fait du bien. Quels apports de la part des rookies Caleb Swanigan et Zach Collins alors que Portland semble en manque de talent sur les ailes ? Le duo Dame-CJ sera-t-il toujours aussi performant ? Finalement pas mal de questions pour une équipe sur laquelle on émet quand même quelques doutes. Par contre s’il y en a un sur lequel on ne doute pas, c’est bien Damian Lillard. Impressionnant depuis son entrée dans la ligue il y a 5 ans, le natif d’Oakland n’a jamais semblé aussi fort. Mais s’il veut franchir encore un cap en terme de capacités sur le parquet, Lillard doit à tout prix travailler sa défense, SON point faible, LE point faible du back-court des Blazers. Mais son talent offensif est tout simplement excellent et n’est plus à démontrer. Il gère l’attaque des Blazers comme son flow sur une petite instru un peu vintage ou sur une instru un peu plus trap. Car en plus d’être un attaquant polyvalent, Damian Lillard aka Dame DOLLA est un excellent rappeur. Peut-être l’un des tous meilleurs de l’histoire des joueurs NBA s’étant essayé au rap.

Rappeur ou Basketteur, Damian Lillard est une formidable personne, qui méritait bien un Focus de notre part, lui la superstar oubliée. Damian Lillard, MC Lillard ou Mister Han Solo.

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