Tyreke Evans : la résurrection d’un éternel blessé

Il y a de ces joueurs en NBA que l’on a l’impression de redécouvrir quand ils sont remis sous le feu des projecteurs. Des joueurs doués mais oubliés de part divers problèmes de blessures ou autres mauvais résultats collectifs. C’est le cas de Tyreke Evans. L’ancien Rookie Of the Year (ROY) de l’année 2010 est en train de renaître sous ses nouvelles couleurs des Memphis Grizzlies. Portrait d’un talent fauché par les blessures et le karma.

Tyreke Evans dribble main droite - Memphis Grizzlies
Tyreke Evans, Memphis Grizzlies – © NBAE via Getty Images

De la Pennsylvanie à la Californie

C’est dans la ville de Chester en Pennsylvanie que Tyreke Evans voit le jour le 19 septembre 1989. Ses parents absents, c’est avec ses trois frères aînés que le jeune Tyreke va être éduqué et durement entraîné pour devenir un basketeur talentueux et complet. Des exercices lui forçant à utiliser sa mauvaise main pour dribbler, des heures de musculation par semaine voire par jour et des entraînements sous la pluie ou la neige. Des exercices physiques ou mentaux qui forgent le caractère d’un homme. Déjà comparé à un certain Tracy McGrady dès ses années lycées, le gamin de Chester surclasse ses équipiers et adversaires au lycée, et, alors considéré comme le meilleur basketteur lycéen du pays, voit beaucoup d’universités se l’arracher. Villanova et Texas ont longtemps cru attirer Evans, mais ce dernier fera le choix de rejoindre l’université de Memphis en avril 2008.

Chez les Tigers, Evans ne réalise qu’une saison, mais une grosse saison qui permet de rendre compte de tout son talent et d’afficher des stats standards pour lui, un prémisse de ce que l’on verra en NBA par la suite. 17,1 points ; 5,4 rebonds ; 4 assists et 2 interceptions en 29 minutes par match. Son jeu complet, aussi décisif en attaque qu’en défense rend bien des services aux hommes de coach Calipari, et il est considéré comme le meilleur joueur des Tigers à juste titre. Pour le tournoi NCAA, Memphis tombera contre d’autres tigres, ceux du Missouri, et les partenaires de Evans finissent la saison avec 33 victoires pour 4 défaites.

Déjà NBA ready, le natif de Chester se présente à la draft 2009. Entouré de Blake Griffin (premier choix), James Harden (troisième choix), Stephen Curry (septième choix) et autre DeMar DeRozan (neuvième choix), Tyreke Evans est lui sélectionné dès le quatrième spot par les Sacramento Kings.

Après une saison galère marquée par les changements de coach et le pire bilan de la ligue avec seulement 17 victoires sur 82 rencontres, Sacramento souhaite repartir de l’avant et s’appuyer sur son nouveau poulain.

Débute alors la superbe saison de l’ancien pensionnaire de Memphis, lui qui enchaînera les titres de rookie du mois de la conférence ouest. Il se permettra le luxe de ramener ses partenaires dans un match contre Chicago après un retard de 35 points(!) pour une victoire finalement remportée dans le dernier quart. Il marquera d’ailleurs plus de points à lui tout seul que l’équipe de Chicago en entier sur cette dernière période (11 contre 10, on ne parle pas d’un match de foot avec un exclu côté Chicago mais bien du nombre de points mis par un joueur contre celui mis par toute une équipe).

Il sera élu MVP du Rising Star Challenge lors du All-Star Week-End avec 26 points, 6 rebonds, 5 assists et 5 cambriolages, tranquille. Fair-play et très altruiste, il partagera sa récompense avec la légende des Spurs DeJuan Blair, en mode Shaq ce soir là, à plus de 20 points et 20 rebonds.

Et si les Kings finissent la saison avec un bilan encore bien pourri (25-57), Tyreke Evans brille individuellement et finit la saison avec du 20-5-6, premier rookie depuis LeBron James à aligner une telle première saison. A ce moment, il est d’ailleurs seulement le quatrième de l’histoire avec Oscar Robertson et Michael Jordan. Un monstre en puissance, logiquement élu Rookie of the Year devant chef Curry et Brandon Jennings.

Les Kings veulent se reconstruire, et ça tombe bien puisqu’à la draft 2010, la franchise de Sacramento choisit un certain DeMarcus Cousins pour épauler son ROY. Malgré une association qui fonctionne bien et deux joueurs produisant des lignes statistiques très intéressantes, Sac Town voit sa franchise réaliser une nouvelle saison galère, moins bonne que la précédente. Evans est solide statistiquement avec 18 points, 5 rebonds et près de 6 caviars par rencontre. Il inscrira même son record en carrière à 35 points dans une défaite en prolongations contre son camarade de promo de draft Steph Curry et ses Warriors en janvier 2011. Mais le début des galères va commencer pour l’ancien de Memphis avec une première blessure quelques jours plus tard. 19 matchs manqués, le début d’une longue série…

Tyreke Evans & Demarcus Cousins Sacramento Kings
Tyreke Evans & Demarcus Cousins, Sacramento Kings – © NBAE via Getty Images

Pendant l’imbroglio du lock-out en NBA à l’été 2011, Evans décide de se changer les idées en signant en Italie avec une clause d’annulation de la NBA dans son contrat. Mais il ne jouera jamais avec le club de Virtus Roma puisqu’il est rappelé par les Kings en décembre 2011 avec la reprise de la saison NBA.

Les saisons s’enchaînent et se ressemblent pour Sacramento : un Evans et un Cousins bien séduisants mais des résultats collectifs trop faibles, en dessous des 30 victoires. La situation agace le natif de Chester et il est tradé par les Kings à la Nouvelle Orléans. Un nouveau chapitre s’ouvre pour Tyreke Evans.

La Nouvelle-Orléans et les nouvelles galères

Evans rejoint une équipe structurée et ambitieuse en 2013, qui possède une effectif intéressant avec Jrue Holiday, Eric Gordon, Ryan Anderson mais surtout le phénomène Anthony Davis. Pendant la majorité de la saison, il occupe un rôle de sixième homme très efficace qui trouve bien ses marques dans l’équipe malgré la frustration du banc. 14,5 points, 5 rebonds et 4 assists en 28 minutes en moyenne, le garçon est très solide, surtout l’on voit le nombre de joueurs pouvant potentiellement scorer dans cette équipe des Pelicans.

La mayonnaise ne prend pas tout de suite, New Orleans rate les playoffs sur cet exercice 2013-2014. Mais pas la saison d’après où, à la sortie d’une saison somme toute correcte, les drôles d’oiseaux vont accrocher le huitième spot de l’ouest avec un bilan de 45 victoires pour 37 défaites. Si Anthony Davis joue à un haut niveau, Tyreke Evans n’est pas ridicule non plus. Monty Williams ayant enfin compris qu’il fallait titulariser l’ancien des Kings, Evans voit ses stats augmenter et son impact grandir encore plus des deux côtés du terrain. Élément indispensable à la défense de son équipe, celui qui est considéré comme l’un des tout meilleurs driveurs de la ligue a su soulager avec Jrue Holiday bon nombre de fois le géant au mono-sourcil en attaque, même si l’ancien meneur des Sixers a loupé la moitié de la saison. Résultat des courses, les Pels retrouvent les playoffs. Mais en face c’est du costaud, du très costaud avec les Golden State Warriors (futurs champions en titre, coucou LeBron) et Golden State mazoutera la franchise de la Nouvelle-Orléans avec un gros sweep, 4-0 circulez il n’y a rien à voir. La déception est là forcément, mais l’espoir aussi pour toute la Louisiane qui rêve de voir cette sympathique équipe se développer autour d’Anthony Davis et devenir un pilier de l’Ouest capable de titiller les meilleurs à l’avenir. Et bah…non.

L’arrivée d’Alvin Gentry (adjoint de Steve Kerr à Golden State l’année précédente) va faire redescendre les Pelicans de leurs espérances de postseason. Le jeu proposé est fade, sans saveur, trop stéréotypé et l’équipe a énormément de mal à produire des résultats. De plus, les pépins physiques ont encombré la franchise durant toute la saison, comptant notamment les blessures de Jrue Holiday (17 matchs manqués), Eric Gordon (la moitié de la saison disputée), Anthony Davis (21 matchs manqués) mais surtout Tyreke Evans loupant 57 matchs ! Gros coup dur pour le joueur qui avait parfaitement trouvé sa place dans l’équipe et qui voit ses coéquipiers ramer sous un «coaching» qui laisse à désirer… Résultats des courses : saison quasi blanche pour Tyreke et NOLA rate les playoffs.

Ratant le début de saison des Pels à cause de sa longue blessure au genou droit, l’ancien de Sac Town revient sur les parquets le 15 décembre 2016, onze mois après sa blessure. Il revient à un bon niveau, comme en témoigne ses 29 points et 11 rebonds face aux Nets un mois plus tard. Mais l’aventure en Louisiane va s’arrêter brusquement et deux retours aux sources vont être réalisés en quelques mois pour Evans.

Un come-back éclair et un retour 9 ans en arrière

Le 20 février 2017, coup de tonnerre sur la planète NBA. DeMarcus Cousins, le pivot des Sacramento Kings est échangé aux New Orleans Pelicans avec son coéquipier Omri Casspi contre Buddy Hield, Langston Galloway, 2 tours de drafts 2017 et…Tyreke Evans. L’association des deux monstres que sont Anthony Davis et Boogie fait forcément le plus parler dans ce trade, mais le retour de Tyreke Evans à Sacramento est quant à lui passé presque inaperçu. Revenu à un niveau correct mais sans plus, le revenant à Sac Town arrive dans une équipe orpheline d’ambitions pour la fin de la saison alors qu’elle pouvait prétendre aux playoffs avant le départ de DMC. Les Kings finissent péniblement, et hormis 26 points inscrits dans une défaite contre les Spurs en mars, pas grand chose à signaler pour Evans.

Tyreke Evans dribble - Sacramento Kings
Tyreke Evans, Sacramento Kings – © NBAE via Getty Images

Il finit tranquillement la saison et se retrouve agent libre, libre de signer là où l’offre sera intéressante.

Le 10 juillet, l’ancien pensionnaire de l’université de Memphis neuf ans auparavant va retrouver la ville de sa fac en s’engageant avec les Memphis Grizzlies pour un an et un salaire de 3,3 millions de dollars. C’est un retour aux sources pour celui qui désire se relancer et surtout se refaire une santé, lui qui a été flingué par les blessures. Aujourd’hui, c’est un Tyreke Evans en pleine forme que l’on retrouve sur les parquets. Si les Grizzlies sont au plus mal actuellement, ils peuvent toutefois compter sur les solides prestations de l’ancien de NOLA avec presque 18 points en 28 minutes en sortie de banc, en plus de 5 rebonds et plus de 3 passes décisives par rencontre. Il shoote à 49% (45% en carrière) dont 41% à trois points (pour seulement 30% en carrière!), et son nom circule déjà dans la discussion du meilleur sixième homme de l’année. Auteur de 6 matchs de suite à au moins 20 points (dont 32 sur la tête du Tragic d’Orlando), il a permis à son équipe de rester au contact des leaders de l’ouest avant de voir les oursons enchaîner les déconvenues. Memphis est douzième de l’ouest, mais Tyreke est irréprochable.

Tyreke Evans dribble - Memphis Grizzlies
Tyreke Evans, Memphis Grizzlies – © NBAE via Getty Images

S’il réalise une grosse saison avec de jolies stats, des performances solides en attaque comme en défense avec une grosse présence physique et athlétique et surtout qu’il ne se blesse pas, Evans a moyen de se ramener sur le marché des transferts l’été prochain libre et intéressant bon nombre d’équipes. Âgé seulement de 28 ans, le monsieur est loin d’être fini et est loin d’avoir fini de nous régaler avec son drive inégalable, l’un des tous meilleurs de la NBA. Tyreke Evans, ou la résurrection d’un éternel blessé.

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