Denver Nuggets : à quand le grand bain ?

Cela fait bien longtemps que le Colorado ne respire plus l’intensité de la post-season. Vierge de tout crissement de chaussures dès la mi-avril depuis quatre saisons pleines, le parquet du Pepsi Center transpire à grosses gouttes. Couillons de la course aux playoffs la saison dernière, les Nuggets abordent de nouveau la dernière ligne droite en ballotage incertain. Alors que Paul Millsap a manqué une bonne moitié de saison régulière, le roster a peiné à trouver de la régularité. Et ce malgré l’immensité d’un Nikola Jokic au leadership déjà trop présent. Papers Above The Rim revient dans ce papier sur la déception Nuggets.

NBA 2018 Jamal Murray Denver Nuggets vs San Antonio Spurs
Jamal Murray, Denver Nuggets – © NBAE via Getty Images

Classés neuvièmes à l’Ouest cette saison alors que quatre rencontres sont encore à disputer, les Nuggets sont engagés dans une bataille de tous les instants. En zieutant nécessairement sur les performances des concurrents Clippers, Pelicans, Wolves, Jazz, Thunder ou encore Spurs, ils subissent de plein fouet l’exigence de la conférence Ouest. Et l’on sait que le premier tour des playoffs pour les seeds 7 et 8 est promis à une contemplation du grandiose. Ainsi donc, il est pertinent de vouloir passer la vitesse supérieure pour les saisons à venir.

L’offense est maîtrisée

Dans une NBA moderne à l’ère du shoot en première intention, Denver se cache en milieu de tableau (15ème de la ligue) avec un rythme de 99.09 possessions par match. Et si la réussite n’était la résultante que de l’efficacité offensive, les Nuggets seraient depuis longtemps qualifiés pour les playoffs. Avec le 6ème meilleur bilan en offensive rating (110.0 points marqués sur 100 possessions), ils profitent secrètement de la création infinie de leur maître à jouer : Nikola Jokic. Sa passing ability permet à la franchise de prôner des valeurs collectives. Pour seul exemple, 61.7% de leurs tirs réussis proviennent d’une passe décisive. Vous êtes là dans le gratin de la NBA (6ème total). Mais attention toutefois à ne pas confondre efficacité offensive et créativité collective. Car c’est bien le talent individuel de Nikola Jokic qui pèse.

Il paraît d’ailleurs important de signaler que le groupe suit globalement la moyenne de la ligue lorsqu’il s’agit de prioriser le tir à 3 points. En effet, 35.7% de leurs tentatives constituent des missiles longue-distance, ce qui classe la franchise neuvième dans la ligue. A ce petit jeu, les Rockets dominent clairement les débats (52.2%), alors que les Knicks peinent à passer la seconde (27.7%).

Les playoffs sans défense, envisageable ?

En revanche, la franchise du Colorado se voit pénaliser par une exécrable efficacité défensive. Elle n’encaisse pas moins de 109.1 points sur 100 possessions. Seuls Phoenix, Sacramento et Cleveland parviennent à encaisser davantage. Ne cherchez plus, vous tenez le talon d’Achille du Colorado.

Equipe des Denver Nuggets - NBA 2018
Denver Nuggets – © NBAE via Getty Images

Et si les Nuggets sont encore à ce jour dans la course aux playoffs, ils peuvent remercier le manque d’hospitalité de leur Pepsi Center. Forts d’un bilan de 29 victoires pour 10 défaites dans leur antre, ils tenteront de maximiser leurs chances dans les quatre derniers matchs, dont deux sont prévus à la maison. Ceci dit, un tel déséquilibre peut inquiéter à l’approche des playoffs. Il est de coutume de constater l’importance de la défense une fois la post-season débutée. Sans compter que l’axe offense-defense n’est pas le seul déséquilibre observé.

En effet, la répartition de talents est également sujette à créer l’instabilité. Grâce notamment à la paire Millsap-Jokic, la domination intérieure n’est pas difficile à concéder. Tant et si bien que l’utilisation du pick and roll pour le porteur du ballon se fait rare à Denver. Jamal Murray, Gary Harris et Will Barton ont de quoi beurrer les tartines adverses, mais les standards de superstars sont bien éloignés. Les analystes commencent à voir clair sous les tablettes de Mike Malone : Nikola, Nikola, Nikola.

Ô Nikola

Nous vous en parlions, Nikola Jokic. Le colosse serbe a fait le tour des highlights grâce notamment à son sens du jeu hors-normes. Ballon en main, il devient le poison numéro 1 pour le coach adverse puisque les possibilités sont infinies. Très agile, Nikola Jokic peut faire parler la poudre de loin, imposer son physique massif poste bas, divertir la foule à coups de passes aveugles, ou régaler ses potes en un clin d’oeil. Sans compter que sa mobilité contraste avec son gabarit, et les possibilités encore peu exploitées sur pick&roll deviennent effrayantes. Vous souhaitez des chiffres pour appuyer ce tableau subjectif ? Voyez plutôt.

Jokic n’est pas seulement le meilleur marqueur (18.3 points), le meilleur rebondeur (10.5 rebonds) et le meilleur passeur (6.0 passes décisives) des Nuggets. En effet, le Serbe répond avec brio aux attentes collectives sur le parquet. Dominant nettement les statistiques avancées du roster, il voit un différentiel de 9.4 dans le rendement des Nuggets lors de sa présence (+4.7 de Net Rating) ou de son absence (-5.7 de Net Rating). Enfin, il fait partie de quatre des cinq meilleures lineups (10 matchs minimum) de Denver en termes de Net Rating.

Nikola Jokic dribble - Denver Nuggets
Nikola Jokic, Denver Nuggets – © NBAE via Getty Images

Ô Pa…non. Toujours Nikola.

Vous l’aurez compris, les Nuggets comptent beaucoup sur leur secteur intérieur. Actuellement, le ballon circule énormément dans la raquette adverse (4ème plus gros total de la ligue), même si les Nuggets n’utilisent encore que peu le jeu au poste haut. Cela est d’ailleurs étonnant lorsque l’on connaît l’intelligence de jeu de Nikola Jokic.

Lors de la dernière intersaison, Paul Millsap a fait son arrivée. L’idée originale d’offrir une curieuse complémentarité avec Jokic est bien vite tombée à l’eau. Notamment blessé au poignet gauche, l’ailier fort a manqué plus de la moitié des matchs cette saison (44 sur 77). Et forcément, les automatismes sont difficiles à trouver dans ces conditions.

Néanmoins, la complémentarité avec Jokic est pour le moment peu évidente dans les faits. Les deux compères ont un profil plutôt semblable : rudes dans le combat physique au sol, intelligents dans leur prises de décision, efficaces dans leurs prises de position poste bas, adroits à l’extérieur. La complémentarité tiendrait peut-être au fait que Millsap s’inscrit davantage dans le rôle d’un soldat de l’ombre, exécutant à merveille les consignes du coaching. Dans un style plus atypique, Jokic se mue pour sa part en créateur de jeu, n’hésitant pas à casser les systèmes pour surprendre les défenses. Mais, à l’évidence, les chiffres parlent davantage pour Jokic que pour Millsap.

Shotchart Nikola Jokic NBA 2018
Shotchart de Nikola Jokic, saison 2017-2018
Shotchart Paul Millsap NBA 2018
Shotchart de Paul Millsap, saison 2017-2018

Oubliés, les corners et la mid-range zone. En attaque…

Curieusement, l’étude de la répartition de leurs tirs tentés suit cette logique de manque de complémentarité. Les deux intérieurs affectionnent particulièrement la peinture et les tirs à 3 points dans l’axe panier-panier. Ils se refusent à gaspiller le tir à mi-distance et à utiliser les corners. Et ceci est à l’image des Nuggets tout entiers.

En effet, Denver truste les hauts-plafonds de la NBA sur le nombre de tentatives dans la Restricted Area (28.7 par match, 7ème de la ligue), dans la peinture (15.3, 4ème) et à longue distance en dehors des corners (2.2, 4ème). Et le shoot à mi-distance dégoûte en effet les Nuggets, avec seulement 11.6 tentatives par match (28ème moyenne de la ligue).

…comme en défense

Là où le bas blesse, c’est que la dynamique est très semblable de l’autre côté du terrain. Les lacunes défensives s’illustrent facilement à la consultation des pourcentages adverses. Les adversaires réussissent 50.7% de leurs tirs. Il s’agit du plus haut pourcentage dans la ligue. Plus particulièrement, les équipes adverses ne sont jamais aussi adroites à mi-distance (43%) et derrière l’arc dans l’axe panier-panier (38.2%) que lorsqu’ils jouent les Nuggets. Egalement, ils concèdent le plus haut pourcentage de la ligue (41.9%) sur les tirs à trois points laissés complètement ouverts à l’adversaire (wide open, disent les américains). Ces statistiques sont édifiantes et viennent illuminer les sombres prestations défensives des hommes de Mike Malone.

Equipe des Denver Nuggets - NBA 2018
Denver Nuggets – © NBAE via Getty Images

Et, malheureusement, Denver ne possède sans doute pas les meilleurs éléments pour pallier individuellement aux lacunes défensives collectives. Autant Millsap et Jokic peuvent tenir l’intensité et la cadence de la NBA actuelle, autant il paraît difficile de compter sur le back-court. A l’heure actuelle, les superstars sur les postes extérieurs pullulent. Et l’absence de spécialistes défensifs à l’extérieur s’avère être une profonde épine dans le pied pour Denver. Jamal Murray n’est pas le premier à s’investir en défense, alors que Devin Harris et Wilson Chandler traînent le poids des années. Will Barton et Gary Harris sont plus enclins à donner du jus de ce côté du terrain, mais, à l’évidence, la défense n’est pas leur spécialité. Enfin, de par sa taille, Lyles, quant à lui, manque de vitesse sur les déplacements latéraux.

S’accrocher au wagon

Dans un contexte de piétinement d’une saison sur l’autre malgré le recrutement, le jeu des Nuggets tend à s’essouffler. Si bien que la toile NBA commencerait presque à s’impatienter. Mais ne vous y trompez pas, le destin de Denver ne se joue pas dans les jours à venir. A nouveau l’intersaison sera cruciale. Car oui, la franchise a saisi le wagon de la transformation stylistique de la grande ligue. Mais elle peine à imposer une force de caractère suffisante pour rivaliser.

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Sources :
https://stats.nba.com/
https://www.basketball-reference.com/
Consultées les 3 et 4 avril 2018.