Exister quand le meilleur rookie de la draft est choisi juste derrière toi : le syndrome Luke Kennard.

Auteur d’une saison rookie de bonne facture chez les Pistons, Luke Kennard a enthousiasmé le Michigan avec son shoot longue distance et ses capacités de playmaking. Facturant près de 8 points par match à 44% aux tirs en 20 minutes, l’ancien de Duke s’est montré à la hauteur de sa 12ème place à la draft NBA. Et pourtant Luke Kennard vit dans l’ombre. Dans l’ombre de Donovan Mitchell, le meilleur rookie de cette cuvée de draft, celui qui a qualifié le Jazz à lui tout seul en playoffs et qui en a profité pour battre des records de précocité. Si tous les rookies ont été éclipsés par Mitchell, Luke Kennard est un cas particulier : il a été choisi une place devant l’arrière du Jazz. De quoi lui coller une étiquette toute sa carrière ?

L’erreur des Pistons éclabousse Kennard

Engagé dans un mano-à-mano avec Ben Simmons pour décrocher le Rookie of The Year, Donovan Mitchell est sans conteste le meilleur débutant de cette classe de draft. Véritable steal, Mitchell ne joue déjà plus dans la même cour que ses camarades de première année mais bien dans celle des légendes NBA, grâce à des performances dantesques en post-saison. En Juin 2017, 12 franchises ont laissé passer Spider Mitchell et doivent vraiment s’en mordre les doigts. Mais deux équipes ont particulièrement manqué de clairvoyance : les Hornets qui ont préféré Malik Monk avec le 11ème pick et surtout les Pistons qui ont donc choisi Kennard.

Luke Kennard dribble - Detroit Pistons - NBA 2018
Luke Kennard, Detroit Pistons – © NBAE via Getty Images

Au soir de la draft, les commentaires allaient bon train sur ce duo : deux arrières, deux shooteurs capables de prendre feu, deux joueurs amenés à impacter leur équipe en attaque dès leur première saison. Lorsque Mitchel s’est révélé à la face de la NBA, la comparaison pour ses deux prédécesseurs a été immédiate. Si Malik Monk, englué dans une saison compliquée à Charlotte, a moins souffert de “l’effet Mitchell” (subissant déjà la concurrence de Lamb et Carter Williams), Luke Kennard a chaque jour vu la presse ou les fans lui rappeler les bonnes performances du joueur du Jazz choisi juste derrière lui, au point d’oublier les siennes. Le dernier exemple en date ? Dans l’excellence web-série de Bleacher Report “Game of Zones”, Kennard lit sur un tableau noir en guise de consigne “So you’re not Donovan Mitchell and that’s okay”. La blague est efficace et globalement tous les médias ne conserveront que ce souvenir de Luke Kennard. Au détriment de son excellente saison rookie.

Il faut admettre que les cas de figure de ce type arrivent rarement en NBA. Si les busts et les steals existent pour chaque cuvée, les comparaisons directes entre deux joueurs sont déjà plus rares, et quasiment chaque fois expliquées par d’autres raisons. Pour rester chez les Pistons, la draft de Milicic en 2ème position en 2003 avait fait parler puisqu’elle laissait sur le carreau Carmelo Anthony, Chris Bosh ou D-Wade. Mais si le Serbe a été un immense flop, personne ne l’a vraiment comparé aux joueurs pré-cités. Greg Oden et Kévin Durant sont un autre cas de comparaison mais là encore, difficile d’occulter la santé fragile de l’ex-Blazer qui l’empêchera toute sa carrière de montrer son vrai talent. Dernier joueur se rapprochant du syndrome Kennard, Glenn Robinson qui voit les deux joueurs draftés derrière lui (Kidd et Hill) se partager le Rookie of The Year 1995. Mais il sera connu pour d’autres frasques – ses ambitions en terme de contrat – et finalement rarement comparé aux deux futurs Hall Of Famers.

Le précédent Sam Bowie

Un seul cas pourrait se rapprocher de ce qu’a pu vivre (et ce que vivra ?) le pauvre Luke Kennard : Sam Bowie drafté juste avant Michael Jordan lors de la draft 1984. L’histoire est aujourd’hui connue de tous : Bowie est choisi en numéro 2 derrière Hakeem Olajuwon mais juste devant Michael Jordan. Les seuls chiffres en carrière de Bowie (10,9 points, 7,5 rebonds, 1,8 contres) suffiront à comprendre qu’il n’a évidemment jamais soutenu la comparaison avec His Airness. Au moment de la draft, Stu Imman, responsable du pick des Blazers, veut absolument Bowie et reste insensible aux discours pro-Jordan, même celui de Bob Knight, coach de MJ dans la sélection olympique de 1984. L’échange des deux hommes reste savoureux après coup :

« Bob, I need a center – Inman
– Then play Jordan at center – Knight »

Sam Bowie défense - Portland Trail Blazers - NBA 1989
Sam Bowie, Portland Trail Blazers – © NBAE via Getty Images

Si personne n’en voudra à Imman de ne pas avoir fait jouer Jordan en pivot des Blazers, il restait une option, puisque Mychal Thompson, papa de Klay et ailier fort de talent, avait de son côté proposé de jouer poste 5 si Portland souhaitait choisir Jordan. Pourtant jamais Imman n’a cédé et Sam Bowie a débarqué en NBA en sachant pertinemment que son évolution serait mise en parallèle avec celle du joueur des Bulls dès ces premiers pas sur le parquet. Hélas, même la grandeur de Jordan n’éclipsera pas le pauvre Bowie qui se verra moqué tout au long de sa carrière. Être drafté avant le GOAT coûte cher et déjà à l’époque bons nombres de What If imaginaient le destin des Blazers s’ils avaient choisi Jordan au lieu du pivot.

Stan Van Gundy sera-t-il le nouveau Imman ? Le moustachu le plus célèbre de la NBA n’en est pas encore là et en voyant si peu de précédent, Luke Kennard peut avoir l’espoir de sortir de l’ombre de Mitchell au fil des saisons. Après tout, Marvin Williams a bien été choisi avant Chris Paul et personne n’en parle. Antawn Jamison avant Vince Carter sans que cela ne choque outre mesure aujourd’hui. Déjà parce que les joueurs en question (Williams, Jamison) ont brillé sur les parquets à leur manière et parce que la différence de niveau avec leurs concurrents n’est pas si abyssale, contrairement au duo Bowie/Jordan. Luke Kennard a souvent été comparé à Mitchell lors de leur première année en NBA, mais dès l’an prochain, le parallèle devrait commencer à s’estomper. A condition évidemment que le joueur des Pistons continue son développement prometteur et que Mitchell n’arrive pas trop rapidement au niveau stratosphérique qu’il semble capable d’atteindre. Sinon dans quelques années, le “Et si les Pistons avaient drafté Donovan Mitchell en 2017” deviendra le papier le plus populaire de Papers Above The Rim.

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