Mais pourquoi tout le monde souhaite le retour des Sonics en NBA ?

Le sujet revient sur la table au moins une fois ou deux par saison. Dès lors que la NBA émet des envies d’expansion, quand une franchise songe à déménager ou quand une équipe est en vente, le nom des Seattle Supersonics fait immédiatement surface. Malgré une disparition enregistrée il y a 10 ans, les Sonics conservent une fan-base inédite. Mais qui sont ces gens qui soutiennent une entité qui n’existe plus depuis longtemps ? Cette vision différente pourrait bien nous faire réfléchir sur l’impact de l’histoire en NBA.

Gary Payton Layup - Seattle SuperSonics - NBA 1991
Gary Payton, Seattle SuperSonics – © NBAE via Getty Images

Vancouver Grizzlies, Charlotte Bobcats, Washington Bullets, New Jersey Nets, autant d’anciennes franchises qui ont disparues et que personne ne regrette aujourd’hui. Elles ont changé de nom, ont déménagé, se sont relocalisées dans un processus de renouvellement de paysage assez naturel. L’histoire des Seattle Supersonics est différente. Présents de longue date en NBA, les Sonics ont connu deux âges d’or qui leur ont permis de nouer une véritable connexion avec leur peuple. Les années 70 ont amené leur lot de succès avec des exploits en playoffs réalisés par la bande conduite par Jack Sikma, ponctués du titre suprême en 1979. Plus proche de nous, les Sonics ont continué de développer cette relation spéciale avec le public durant les années 90, soufflant un vent nouveau sur la NBA incarné par deux hommes, Gary Payton et Shawn Kemp.

Spectaculaires au possible, les Sonics vont être prétendants au titre NBA pendant une grosse partie des années 90, de 90 à 98 pour être plus précis. 8 ans pendant lesquels ils vont être l’équipe explosive de l’Ouest, grande gueule, machine à highlight, en quelque sorte le pendant de Michael Jordan sur la côte Pacifique. En 96, les Sonics se casseront les dents en Finales NBA contre ces fameux Bulls, perdant l’occasion de concrétiser cette époque historique.

La suite sera toujours riche en agitation pour les Sonics, mais sans les résultats qui vont avec. Si Ray Allen et Rashard Lewis ont un temps fait espérer les fans d’Emerald City, Seattle est finalement entrée dans une période noire, qui se conclura par un rachat en 2006 et un déménagement vers l’Oklahoma pour devenir le Thunder. L’Histoire aurait dû s’arrêter là pour les fans des Sonics. Pourtant l’aventure sportive prenant fin, c’est une nouvelle partie que le peuple de Seattle a entamée : le combat pour faire revenir la franchise en NBA.

Equipe Seattle Supersonics - NBA 1979
Seattle Supersonics – © NBAE via Getty Images

“Bring Back Our Sonics”

De slogan à cri du cœur. Après maintenant 10 ans sans équipe dans leur ville, les nostalgiques en maillot vert et jaune profitent de toutes les opportunités par rappeler leur envie de ressusciter les Sonics. Ce message, s’il reste vain, est relayé par des ambassadeurs de marque : Gary Payton, Ray Allen ou le joueur de NFL Russell Wilson ont tous à un moment encouragé la NBA à accéder au désir de milliers de fans à travers le monde.

31ème équipe officieuse de la NBA, Seattle conserve une place à part sur l’échiquier du basket nord-américain. Les jerseys Sonics sont encore largement vendus sur le NBA Store et on ne compte plus sur Youtube les expansions draft sur la série de jeux vidéo NBA 2k qui font revenir les Sonics combattre le Thunder ou les Pelicans dans la Conférence Ouest. Les fans de Seattle ont cette admirable énergie pour placer leur défunte équipe un peu partout où il est possible de le faire. Alors nous sommes allés échanger avec Maxime qui anime sur Twitter le compte Sonics France @sonics_fr. Oui, oui, comme ses homologues français qui tiennent un compte dédié à leur franchise préférée, Maxime partage avec ses abonnés l’actualité des Sonics (ou son absence) avec les Twittos français. Et il y a un public pour ça : à ce jour, Sonics France compte près de 2000 abonnés, en partie grâce à l’excellent travail de son créateur mais aussi grâce au lien spécial qui existe entre la franchise et ses suiveurs.

Maxime le dit lui-même, il ne croit pas dans un retour des Sonics, “à court terme, alors non ce n’est clairement pas envisageable, je pense”. Et pourtant il continue à résister, sans doute aussi grâce à son “amour incommensurable pour la NBA (qui l’) ’aide à tenir mentalement”. Quelque chose de brutal a eu lieu lors du déménagement des Sonics de Seattle à Oklahoma City pour devenir le Thunder : une séparation sèche, redoutée mais pas franchement envisagée jusqu’au jour où le couperet est tombé. Notre CM de Sonics France a eu le sentiment de voir un être cher lui être arraché :

C’est forcément vraiment dur, c’est vraiment la période après ce changement en 2008 qui a été éprouvante à vivre et cette impression de vivre une injustice énorme…

Gary Payton & Shawn Kemp - Seattle SuperSonics - NBA 1991
Gary Payton & Shawn Kemp, Seattle SuperSonics – © NBAE via Getty Images

Au fond, les Sonics manquent au paysage NBA

Au grand désarroi des puristes, les fans de basket se renouvellent sans cesse et désormais pour ces jeunes générations, les Sonics ne sont qu’une ancienne franchise poussiéreuse, appartenant à un autre temps. Nous devons nous y faire, Seattle se range dans les livres d’histoire aux cotés de l’ABA, des matchs sans ligne à 3-pts ou des premiers tours de playoffs en 3 matchs gagnants.

Y aura-t-il un revival pour les Sonics, une bonne âme pour ressusciter la franchise ? Les spéculations vont bon train depuis longtemps, trop longtemps diront certains, et finalement personne n’a de certitude sur ce dossier. Les arlésiennes, la NBA les empilent par dizaine : il suffit de parler du fantasme d’une division en Europe, qui avait été évoqué par le Commissioner David Stern au début des années 2000 pour comprendre que ces choses-là prennent du temps. Alors on peut toujours écouter Shawn Kemp qui pense qu’“on aura de nouveau une équipe un jour. Je ne sais pas quand, ou comment, mais je le sens. Le basket reviendra à Seattle. Et je serai là quand ça arrivera.” mais alors il faut accepter d’être déçu…

Aujourd’hui, Seattle s’est transformée en idée, un concept que les fans se transmettent d’année en année, en espérant que la prochaine génération restera sensible au trashtalking de Payton ou à la légendaire aura de Jack Sikma. Assez au moins pour aller fouiller dans les archives et comme eux choper le virus. L’actualité sans cesse renouvelée, la culture de l’instant et la versatilité des fans d’aujourd’hui rendent l’exercice compliqué mais quand on tient un compte Twitter d’une équipe disparue comme Maxime, on finit par forcer le respect.

Et puis soyons francs, s’intéresser à Seattle, c’est souvent un aller-simple. Un jeu flashy et spectaculaire dans les années 90, un titre NBA dans les années 70, un maillot iconique et une ville qui aime le sport et le basket plus que tout. Chaque joueur passé par Seattle n’en retire que de bons souvenirs et les observateurs comme nous partagent globalement ce sentiment. Nous avons tous ou presque une pensée tendre pour les Sonics : avoir eu le jersey de Ray Allen jaune et vert, les avoir choisi en “2ème équipe favorite”, les considérer comme ses préférés à l’Ouest (quand vous supportez une équipe de l’Est)… C’est alors bien plus facile de militer à son tour pour un retour de Seattle en NBA, puisqu’ils incarnent finalement des souvenirs heureux.

Alors les Sonics, notre madeleine de Proust à nous ? Peut-être que la défunte franchise incarne une époque où tout était mieux, où les combats faisaient rage, où les joutes verbales étaient autorisées et où, après une défaite, on retournait au combat sans chercher à rejoindre ses bourreaux… Le Thunder n’aura jamais su prendre le relais, devenant même une équipe critiquée, moquée, clivante, bref tout l’inverse des Sonics, comme nous le dit si bien Maxime qui « ne ressen[t] aucune sympathie particulière pour le Thunder : pas la même ville, pas les mêmes couleurs, pas le même nom, pas le même stade … ». Alors aujourd’hui, a-t-on réellement envie de voir Seattle revenir sur le devant de la scène ? Les Seattle Supersonics sont devenus un souvenir, une représentation idéalisée de la NBA et tout serait balayé si la franchise refaisait surface. Rien ne différencierait le Thunder, les Raptors ou les Wolves des nouveaux Sonics. Pour le bien de tout le monde, il vaudrait finalement mieux continuer à crier “Bring Back Our Sonics” tout en espérant que jamais ce souhait ne devienne réalité. Sauf quand vous vous appelez Sonics France, bien évidemment.

Kevin Durant - Seattle SuperSonics - NBA 2008
Kevin Durant, Seattle SuperSonics – © NBAE via Getty Images

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