Dans les coulisses des Bulls, une lente descente aux enfers

Le ciel de la ville de Chicago ne voit que très rarement le soleil. Il ne faut pas non plus compter sur les Bulls pour réchauffer le cœur des habitants de la Windy City, tant les tragédies s’accumulent dans cette franchise depuis plusieurs saisons. Mais, alors que le nouvel exercice commence à peine, quelques rayons de soleil s’échappent du groupe de Fred Hoiberg. Alors vrai espoir pour le peuple de Chicago ou simple accalmie en attendant le pire ?

L’affaire Jimmy Butler a remis les choses en perspective. Le désastre connu par les Timberwolves a poussé nombre d’observateurs à revoir leur copie quand à l’identité de celui qui avait gagné le trade de l’été 2017. Les Bulls sont, à la lumière de quelques papiers, devenus des visionnaires qui avaient su profiter de leurs assets tant qu’ils avaient de la valeur. Et c’est finalement un tweet-souvenir de Markkanen, le jour de sa draft, portant une veste des… Wolves, qui a fini par clore les débat.

Il faut avouer qu’il est difficile de reprocher aujourd’hui des choses à cette franchise des Chicago Bulls. Avec Dunn et Markkanen, les Bulls possèdent une des plus prometteuses paires de jeunes de la Ligue. Zach LaVine commence la saison en trombe et avec l’addition de Jabari Parker, certains parlent même des Bulls comme de possibles troubles fêtes à l’Est. Ce qui aurait sans doute déclenché l’hilarité générale six mois plus tôt.

Les critiques qui ciblaient le coaching de Fred Hoiberg commencent même doucement à se faire plus discrètes, même si le roster a encore certaines faiblesses qui pourraient pénaliser cette équipe : remettre les clés de la création à Zach LaVine ou miser sur un secteur intérieur fort sont-t-elle vraiment de bonnes idées en 2018 ? Et il y a d’autres choses qui pourraient coûter vraiment cher non pas au roster actuel des Bulls mais bien à l’ensemble de la franchise. Car si la situation des dernières semaines sur le terrain laissent penser à l’optimisme, le désordre qui règne en coulisses depuis des années entraîne inexorablement la franchise vers le bas.

NBA 2018 Fred Hoiberg coach Chicago Bulls bras croisés
Fred Hoiberg, Chicago Bulls – © NBAE via Getty Images

En Juillet 2017, une énorme bâche rouge était déployée en centre-ville de Chicago. L’inscription #FireGarPax siégeait en lettres capitales, telle une sentence prononcée contre le couple exécutif le plus tristement célèbre de la NBA, Gar Forman et John Paxson. Respectivement General Manager et Vice-Président des Opérations Basket, Forman et Paxson gravitent depuis des années dans l’organigramme des Bulls, au point d’avoir créé une véritable nébuleuse. Forman a été scout de 98 à 2004, directeur du personnel de 2004 à 2009, et finalement GM, le poste qu’il occupe aujourd’hui. C’est encore plus profond pour John Paxson : joueur des Bulls de 1985 à sa retraite en 1994, il est immédiatement entraîneur assistant dès la saison 1995-1996, puis carrément GM en 2003. Ce poste, Pax le garde jusqu’en 2009 où il devient VP des Opérations Basket et refile son ancien job à… Gar Forman, vous avez bien suivi !

Forman et Paxson, les fossoyeurs de Chicago

Bien au chaud dans les coulisses des Bulls, le binôme GarPax accumule mauvaises décisions et trades foireux sous le regard bienveillant du Président Jerry Reinsdorf (82 ans), et son fils Michael qui tient finalement les rênes de la franchise aujourd’hui. Reinsdorf, Forman et Paxson sont tous les trois de grands amis, cela depuis de longues années, ce qui a le don d’exaspérer les fans des Bulls. A ce stade-là, on commence sérieusement à voir les Bulls comme une mafia, plus qu’une franchise de basketball. Une chose est certaine, par malhonnêteté ou par incompétence, l’encadrement de Chicago a toujours privilégié le réseau, soit-il si petit année après année. On peut citer Tony Snell ou Cameron Bairstow, draftés par les Bulls en 2013 et 2014, tous deux anciens pensionnaires de New Mexico State, où Gar Forman a été assistant coach à deux reprise; mais aussi Fred Hoiberg que Forman est allé chercher en 2015 à Iowa State, université où il a été lui-même… assistant coach jusqu’en 1998.

Si Iowa State n’a pas souvent donné de joueurs aux Bulls, Gar Forman y a conservé un grand réseau, grâce auquel il a connu Greg McDermott, coach en chef du programme basket avant de partir entraîner à Creighton. C’est donc sans surprise que Doug McDermott, fils de Greg, est sélectionné avec le 11ème choix de la draft 2014 par les Chicago Bulls. Il n’y a évidemment aucun scandale à choisir McDermott en 11ème, lui qui était projeté entre 10 et 15 dans quasiment toutes les mock draft, mais quand on connaît la fin de son histoire avec les Bulls (tradé pour faire de la place à Denzel Valentine et à Paul Zipser), on se demande où est la cohérence sportive à Chicago.

Coup d’oeil dans le rétro. Été 2016, les Bulls ont beaucoup de jeunes joueurs et un All-Star en la personne de Butler pour surveiller tout ca. On part sur une reconstruction qui prendra du temps mais les Bulls ont une base solide et de l’argent en banque. Argent que GarPax dépensera coup sur coup sur Rajon Rondo, indésirable à Sacramento et sur Dwayne Wade. Dans une ligue où le spacing est roi, Chicago aurait difficilement pu faire plus mauvais choix. Le résultat est bien évidemment désastreux : les jeunes ne supportent pas le sénateur Wade, Rondo critique les vétérans Wade et Butler et un an plus tard, plus personne n’est là. Hormis Gar Forman et John Paxson bien évidemment.

Le gâchis, marque de fabrique du duo GarPax

Pourtant il y a encore quelques saisons, l’équipe tournait bien, menée de main de maître par Thibodeau et le front-office était capable de drafter à la suite Noah, Butler, Gibson ou Deng. Des choix estampillés GarPax ? Non plutôt Matt Lloyd, scout de génie, responsable de tous ces bons coups et depuis parti comme assistant GM du côté d’Orlando. Gar Forman et John Paxson ont par la suite sabordé la majorité de leurs décisions. Et c’est presque miraculeux de voir que les Bulls arrivent encore à garder la tête haute aujourd’hui. Et si cette saison était une simple question de chance ? Même si les critiques se sont calmées, Hoiberg reste contesté et les déclarations récentes de LaVine à son encontre laissent penser que la poudrière peut sauter à tout moment.

Le #FireGarPax resurgirait alors de plus belle et on peut être certain que Cedric, administrateur du compte @BullsFr sur Twitter ferait parti du mouvement. Fort de ses presque 10000 followers, ce fan de Chicago est dépité de voir la franchise qu’il aime tomber désuétude chaque saison un peu plus. Dès les premières recherches sur cet article, Cédric a été d’une grande aide pour comprendre le fonctionnement des coulisses des Bulls. Aujourd’hui l’ombre du duo exécutif n’éclipse pas encore les quelques rayons qui brillent sur les Bulls. Mais que la Windy City n’espère pas une vraie période ensoleillée avant longtemps. La météo ne devrait pas être clémente au moins tant qu’un des deux fossoyeurs ne quitte son poste. Ou soit enfin forcé de le quitter.

 

Logo Papers Above The Rim