Nikola Jokic: La relève européenne

Partons aujourd’hui dans le Colorado, du côté de Denver où la saison NBA a plutôt sympathiquement repris. Ainsi, les Nuggets en sont à 5 victoires (dont une contre les Warriors s’il vous plaît) pour une seule défaite à l’heure où ces lignes sont écrites. Et si chacun apporte sa pierre à l’édifice de Mike Malone, un leader s’inscrit dans cette équipe. Ce joueur en question est Nikola Jokic, le pivot serbe au numéro 15. La montée en puissance de l’intérieur depuis deux années se concrétise sur cette saison avec un impact fondamental sur son équipe. Mais qu’est-ce qui explique la réussite du Joker aujourd’hui? Pourquoi ce golgoth de 2,08 mètres est si atypique à voir jouer? Eléments de réponse dans ce portrait.

L’arrivée en NBA : Denver sélectionne Jokic en 41ème choix de draft.

En NBA depuis 2015, Jokic n’est pas pour autant basketteur professionnel à cette période. Lui l’est depuis 2012, soit à l’âge de 17 ans. Forcément, un grand intérieur de 2,08m qui a des mains de velours, cela se remarque assez vite. Le grand Nikola fait ses armes pendant trois saisons au Mega Bemax, l’un des clubs les plus connus de sa mère patrie, la dénommée Serbie. Il s’impose rapidement dans sa formation et finira MVP de la ligue Adriatique, une belle prouesse quand on voit la grandeur de cette ligue. Malheureusement pour le Joker et sa clique, le Partizan de Belgrade aura raison du Mega en demi-finales de la Ligue Serbe. Le rêve de NBA du jeune intérieur va alors se transformer.

Car un an plus tôt, le 26 juin 2014, au Barclays Center de Brooklyn, les Denver Nuggets sélectionnent le serbe en 41ème choix de draft. Alors oui, 2014 est une belle draft (Wiggins, Embiid, Julius Randle, Zach LaVine, Clint Capela etc…), mais quand on voit dans le top 10 avec des noms comme Dante Exum, Nik Staukas, Noah Vonleh ou encore Elfrid Payton, et voir Jokic seulement 41ème, on peut avoir quelques nausées. La saison 2014-2015 du pivot avec le Mega permettra déjà de se rendre compte du phénomène qui va débarquer dans le Colorado.

Depuis son arrivée : un pur steal

Si la saison rookie du Joker est assez discrète (10 points et 7 rebonds en 21 minutes de moyenne), cela n’est qu’une sorte de préchauffage pour la suite. Encore hésitant sur son titulaire au poste de pivot, coach Malone fait, dès l’exercice 2016-2017, confiance au serbe. Le numéro 15 débute 59 des 73 matchs auxquels il participe et cela lui permet de montrer toute l’étendue de son talent.

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Nikola Jokic, Denver Nuggets – © NBAE via Getty Images

Avec le départ de son principal rival au poste, Jusuf Nurkic (transféré à Portland en janvier), le Joker crève l’écran. Il posera 30 points sur la tête du Magic le 16 janvier, puis 35 trois jours plus tard face aux Spurs (deux records consécutifs de points en carrière donc). Début février, il pose son premier triple-double en carrière avec 20 points, 13 rebonds et 11 passes décisives face aux Bucks. Puis, une semaine plus tard, il fera une mixtape bien sale face aux Knicks, à base de 40 points à 17/23 au tir (!!) en plus de 9 rebonds et 5 assists.

Le phénomène est lancé et Denver gagne des matchs. La franchise est en même au point de pouvoir être à la lutte pour les playoffs début avril. La franchise du Colorado échouera de peu, malgré un superbe Nikola Jokic. Le pivot finit la saison avec 16,7 points de moyenne, 9,8 rebonds et 5 assists (on parle bien d’un pivot, oui).

Une saison personnelle satisfaisante, mais collectivement décevante

Denver arrive alors en bonne position pour décrocher les playoffs lors de l’exercice suivant. Hormis Jokic, la franchise est en train de développer bon nombre de joueurs, comme Jamal Murray, Gary Harris ou encore Will Barton. Et les Nuggets ont trouvé un partenaire de choix pour épauler le Joker dans la raquette en recrutant Paul Millsap, quaduple all star avec les Atlanta Hawks.

Mais bien sûr, comme dans beaucoup de cas, tout ne va pas se passer comme prévu dans les plans du GM Arturas Karnisovas. Denver est confrontée aux lois de la rude conférence ouest et les Nuggets sont plombés par les blessures. Aussi, si les Nuggets attaquent très bien, les lacunes défensives de l’équipe ont fait perdre un paquet de matchs la saison dernière. Et si Jokic a été encore très bon sur l’ensemble de la saison, Denver échoue encore au neuvième spot de l’ouest et rate de très peu les playoffs.

Bien que cette saison 2018-2019 démarre de très belle manière, il faudra voir si les efforts défensifs seront réguliers et si les blessures laissent tranquilles Millsap et compagnie. Sans cela, Denver risque de voir les playoffs à la télévision une nouvelle fois.

Le prototype parfait du pivot dominant : un scoreur…

Si Nikola Jokic reçoit tant de compliments et de flâteries, c’est bien parce que le joueur est exceptionnel et beau à voir jouer. Si la défense du bonhomme n’est pas exceptionnelle, sa panoplie offensive par contre est formidable. Nous avons là un intérieur qui est capable de scorer quand il veut quand il peut et où il veut. Au poste? C’est un enfer pour le défenseur adverse, vu la palette de mouvs et le footwork du monsieur. Le laisser shooter à mi-distance ou à trois points? Impossible, le bonhomme a un vrai tir, en témoigne ses 40% des réussite du parking l’an dernier. Inutile de préciser alors son pourcentage aux lancers-francs.

…mais pas que

Et si on excepte son scoring, Jokic est aussi décisif de par son sens du collectif. Denver possède en son numéro 15 un intérieur avec la vision de jeu d’un meneur. C’est simple, l’an dernier il était le meilleur passeur de son équipe (6 assists/match). Extra passe, no-look passe, passe laser, tout y passe, et les fans en prennent plein les yeux.

Et alors au rebond, le monsieur sait se faire respecter. On pourrait penser au vu de son profil que c’est un rebondeur soft dans le style de Brook Lopez (no disrespect pour Brook hein). Mais non, la bataille à la cueillette sous les paniers est un jeu qu’aime beaucoup Niko. L’an dernier, il prenait presque 11 rebonds par rencontre.

On ne parle donc pas ici d’un des intérieurs les plus athlétiques de la ligue, mais d’un des plus combatifs. Il est rare de voir le Joker passer à côté d’une rencontre. Si il n’est pas en phase avec son shoot? Il cherchera alors à distribuer le jeu et faire parler sa technique. Car sous ses airs un peu patot et lent, Jokic est en fait une locomotive gracieuse. Il est très difficile à stopper quand il est lancé vers le cercle. De plus, son toucher près du panier lui permet de conclure bon nombre de lay-ups, à défaut d’écraser quelques posters (bien qu’il en soit capable). Et ce qu’on oublie trop souvent dans tout ça, c’est que le monsieur n’a que 23 ans…

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Nikola Jokic, Denver Nuggets – © NBAE via Getty Images

Un all-star indiscutable en devenir ?

Il semble donc naturel de se poser la question sur la possibilité de voir Nikola Jokic all star un jour. Déjà, si les Nuggets continuent ainsi, il leur faudra bien un représentant au all-star game. Et on aime bien les Murray, Harris, Millsap et consorts, mais le boss de cette équipe c’est le Joker. La preuve avec le contrat que la franchise lui a fait signer le 1er juillet dernier (148 Millions sur 4 ans). Et il est évident qu’aujourd’hui, le serbe fasse parti du top 5 des pivots de la ligue.

Maintenant, plusieurs points sont à améliorer pour qu’il devienne un top joueur (bien qu’il n’en soit pas loin). Tout d’abord, sa défense. Et ce point est valable pour toute l’équipe de Denver. Si les Nuggets veulent franchir un palier, cela passe aussi par la défense. Et avec un Jokic plus sérieux dans ce domaine, c’est toute une équipe qui peut suivre derrière. Paul Millsap est expérimenté, et les qualités athlétiques des Barton and co suffisent pour avoir un minimum de défense derrière.

Autre élément à améliorer, les choix en attaque. Le serbe perd pas mal de ballons (3 par match en moyenne l’an dernier) et ne fait pas toujours le bon choix. Il se complique la tâche et gâche de belles opportunités de scoring pour son équipe.

Un statut à affirmer

Enfin, le leadership doit se sentir chez le monsieur. Tout le monde n’est pas forcément leader dans l’âme c’est certain. Mais un vrai franchise player doit au moins l’être sur un terrain. Et pour le moment, ce leadership n’est pas tout à fait visible chez l’intérieur. Mais cette facette commence ceci étant à se dégager, avec notamment le soutien et la confiance mutuelle de coach Malone.

Que les fans de Denver se rassurent, l’intérieur serbe, malgré ses petits défauts, est un joueur d’exception, ce genre de joueur dont on ne se lasse pas. Ce genre de joueurs qui merveillent nos yeux à chaque no look passe ou and one improbable. Que Marc Gasol et Dirk Nowitzki dorment sur leurs deux oreilles, la relève européenne est en marche. Elle s’appelle Nikola Jokic.

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