La tumultueuse carrière de Bernard King

Hall of Famer, 4 fois All-Star, 4 fois All-NBA Team, meilleur marqueur de la Ligue. Mais également un passé trouble, des graves blessures et une carrière en dents de scie. Ce paradoxe vivant s’appelle Bernard King, l’incarnation d’un joueur dont tout le monde connait le nom mais qui ne sera quasiment jamais évoqué si vous égrainez un Top 50, voir un Top 100 NBA. Retour sur une rédemption forcément fascinante.

Raconter l’histoire de Bernard King devrait commencer par une tragédie avant même d’évoquer sa rédemption. Superstar présumée alors qu’il n’a pas mis un pied en NBA, King ne peut montrer qu’une infime partie de son potentiel quand un drame vient foudroyer sa carrière naissante. C’est au moment où Bernard King, aux New-York Knicks depuis deux saisons, devient enfin le joueur que les observateurs attendaient, qu’il se blesse plus que gravement au genou, mettant fin prématurément à la meilleure saison statistique de sa carrière. Cette blessure lui fera rater une saison complète ensuite et 76 des 82 matchs de la saison d’après. Dès lors, la passion fusionnelle qui était née entre Bernard King et son équipe des Knicks ne sera plus jamais la même et les deux parties prendront chacune une route différente, New York ne croyant plus à son génial ailier pendant que King essayera de rebondir une nouvelle fois. Car avant la tragédie de ce match à Kansas City le 23 mars 1985 où la déchirure de son ligament croisé antérieur au genou droit l’a foudroyé en plein vol, Bernard King avait déjà connu son lot de rebondissements.

En 1977, les New Jersey Nets décident de faire confiance à ce petit ailier pas très flamboyant mais parfois complètement inarrêtable, le draftant avec leur 7ème pick. Sur le terrain, King valide le choix des Nets à chaque apparition ou presque : sa saison rookie est une réussite, Bernard King commence à montrer qu’il sera un scoreur qui compte dans cette Ligue qui commence à admirer autre chose que les grands intérieurs dominants. Même si les Nets sont une très mauvaise équipe, King reste le joueur le plus sollicité et le deuxième meilleur marqueur de son équipe derrière John Williamson. Pour sa deuxième saison NBA, King offre à New Jersey une qualification inespérée en playoffs, même si son influence dans l’équipe a légèrement diminué. La réalité est bien plus sombre que les quelques minutes de jeu en moins sur la feuille de stats de Bernard King : depuis son arrivée aux Nets, King boit et se drogue, de manière totalement incontrôlée. Malgré son importance pour le futur de la franchise, les Nets n’hésitent pas à dégager King chez le Jazz lors de l’été suivant. Mais dans l’Utah, Bernard amène avec lui ses addictions et s’enfonce désormais aux yeux de tous. Seulement 19 matchs pour l’ancienne star chez les mormons, qui se dépêchent de se débarrasser de l’élément perturbateur chez le premier intéressé, en l’occurrence les Golden State Warriors.

Capable de se sauver une première fois

A la croisée des chemins, Bernard King a le choix entre continuer sa chute ou reprendre sa vie en main. Il choisira la seconde option et en profitera pour remettre de l’ordre dans sa carrière : deux saisons à Golden State, avec à chaque fois 80 matchs et plus de 20 points de moyenne plus tard, voici King devenu le premier Comeback Player Of The Year de la NBA. La roue a tourné et King retourne enfin à New York, là où tout a commencé pour lui, mais cette fois sous le jersey des Knicks, infiniment plus suivis, médiatisés et passionnés que les Nets. Devenu All-Star lors de sa deuxième saison avec les Warriors, King n’est plus le joueur sulfureux que les Nets ont dû éloigner. Il est devenu enfin l’homme qu’il devait être et son histoire avec les Knicks se déroule sans le moindre accroc. La confiance de retour, King prend une ampleur incroyable : tout bonnement intenable en attaque, il enchaîne cartons sur cartons dans un Madison Square Garden qui n’a d’yeux que pour lui.

NBA Retro Bernard King Knicks 30 Free Throws
Bernard King, New-York Knicks – © NBAE via Getty Images

King a trouvé la formule pour se mettre son public dans la poche. Attaquant génial, il n’arrête pas de shooter, peu importe le jeu et sa position sur le terrain. Et comme ça rentre, difficile de lui reprocher quelque chose. En 1984 pour sa deuxième saison avec les Knicks, il devint le premier joueur depuis 20 ans à scorer 50 points durant deux matchs consécutifs ! Il finira à 26 points de moyenne cette année-là et ramènera les Knicks en playoffs. En post-saison, King ne relâchera pas son étreinte sur ses adversaires. Il éliminera à lui seul les Pistons après avoir marqué plus de 40 points sur quatre des cinq matchs de la série. En demi-finale de Conférence, les Celtics auront besoin de 7 matchs pour enfin éliminer les Knicks de King.

Les 55 matchs de la saison suivante seront une version améliorée de l’exercice précédent. Bernard King, à l’apogée de sa gloire, score 32 points de moyenne (leader incontesté en NBA) et représente un nouveau type de joueur, scoreur dans l’âme malgré un petit gabarit. L’accident de Kansas City viendra détruire ce beau décor en une seconde.

Le Retour du Roi

Deux ans et 6 matchs après cette blessure, Bernard King quitte New York, la tête basse. La franchise ne voit plus en lui cette machine à marquer et confie son avenir dans les grandes mains de Patrick Ewing. Il faut dire que l’explosivité de King était l’une de ses principales forces, notamment dos au panier où il pouvait se libérer en une fraction de seconde de n’importe quel défenseur. L’ancien Roi de NY se retrouve donc à Washington, chez les Bullets, pour essayer de donner encore un peu, pour savoir si son corps peut toujours cracher quelque chose. Et comme nous avions parlé plus tôt de l’histoire de Bernard King comme une tragédie avant une rédemption, vous savez que l’issue est finalement heureuse. Car dans la Capitale, King fait mieux que reprendre des couleurs : malgré des difficultés considérables et deux ans sans jouer, il reste un joueur de premier plan, faisant évoluer son style de jeu pour tenir compte de la perte d’explosivité qu’avait entraînée sa blessure au genou. King passe les quatre saisons suivantes à Washington et augmente sa moyenne chaque année (17,2 , 20,7 , 22,4 et 28, 4) Sa dernière saison, en 91, sera même sa meilleure année depuis la blessure. Bernard King finira 3ème meilleur marqueur de la NBA derrière Jordan et Malone mais surtout fera son retour au All-Star Game, à 34 ans ! Titulaire suite à la blessure de Bird, il sera le plus vieux joueur à commencer un match des Etoiles !

La rédemption achevée, Bernard King peut mettre fin à sa riche carrière NBA. Il fera une dernière pige sans importance aux Nets, histoire de boucler la boucle mais incomplète à cause d’une nouvelle opération au genou. Malgré une carrière amputée de deux de ses années de prime, Bernard King restera un joueur majeur de l’Histoire de la NBA. Elu au Hall of Fame en 2013, King aura eu la force de lutter contre son genou pour relancer sa carrière, mais, avant ça, avait été capable de réhabiliter sa réputation, troublée par ses addictions et par son comportement dans sa jeunesse. Un passage tumultueux aux Nets, une relance réussie aux Warriors, l’état de grâce puis la chute aux Knicks avant de ressusciter chez les Bullets. En 16 ans et presque 20 000 points en NBA, Bernard King est devenu une icône d’une Ligue qu’il aurait pu quitter après 2 saisons. Ou en devenir le meilleur marqueur…

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