Le Christmas Day, cette institution si importante pour la NBA

Quand le calendrier NBA est rendu officiel au mois d’août, les fans et observateurs du basket vérifient toujours quelques dates-clés : l’adversaire du match d’ouverture, la date du premier road-trip, le retour de l’ancien franchise-player tradé il y a quelques semaines à peine et surtout si la franchise aura l’honneur du match de Noël, le fameux Christmas Day.

En quelques années seulement, la NBA est en passe de faire de cette date, SA date. En positionnant certaines de ses meilleures affiches pour le 25 Décembre, les pontes de la NBA tentent de faire une association entre Noël, Cadeaux, Basket et Spectacle. Un objectif loin d’être inatteignable pour la NBA et qui pourrait bien lui rapporter gros d’ici quelques années.

C’est en 2008 que la plus grande ligue de basketball au monde a décidé de faire de Noël le jour le plus important de sa saison régulière. Forte d’une popularité croissante dans le monde entier, la NBA cherchait un moyen de rythmer sa saison régulière longue de 1 230 matchs, à raison de plusieurs rencontres chaque soir. Il est vrai qu’après l’excitation des premières semaines de compétition, le soufflet retombe assez rapidement devant l’enchaînement des rencontres. La période entre décembre et le All-Star Break posait problème, devenu le point faible d’une saison de basket : à l’approche de l’hiver, les organismes commencent à fatiguer, les classements se stabilisent et les superstars attendent l’après All-Star Game pour réellement forcer leur talent. Alors en 2008, ESPN propose à David Stern de passer le nombre de matchs le jour de Noël à cinq matchs, alors qu’il oscillait entre un et trois auparavant.

NBA 2018 Père Nöel Barbe Blanche
Père Nöel, Chirstmas Team – © NBAE via Getty Images

La NBA aura le mérite de très vite capitaliser sur cet événement. La Ligue est en plein essor et le jour de Noël sonne comme une occasion de donner encore plus de visibilité au basketball. Ainsi la NBA réserve depuis ses meilleures affiches pour le 25 Décembre, en jouant sur deux leviers : les équipes populaires et les mouvements de joueurs. Le récent boom des trades et du marché des agents libres, qui a conduit à la création de superteams, est une bénédiction pour la NBA, qui n’hésite pas à faire affronter ses stars. Pour ne prendre que l’exemple récent en 2017, la NBA a programmé les Celtics, les Knicks et les Lakers – pour le volet “Historique” malgré de résultats décevants pour deux d’entres eux – mais aussi le Thunder et les Wolves, renforcés respectivement par Paul George et Jimmy Butler l’été précédent. Le clou de ce spectacle si bien ficelé aura été le Cavs-Warriors, remake de la Finale NBA, disputée quelques mois auparavant.

Après neuf saisons, les joueurs ont souscrit à l’événement, qui est intégré par la majeure partie des rosters NBA, voir même attendu pour certains :

Maintenant, cela me semble être une partie de la routine de joueur. Je sais que je vais devoir me préparer pour le match, puis je vais rentrer à la maison et ouvrir des cadeaux avec ma famille – Kevin Durant

J’ai toujours voulu jouer à Noël. J’ai grandi avec, alors en faire partie est beaucoup plus grand. Cela a rapproché les familles … Ça accompagne Noël. Basket-ball et Noël – Paul George

L’ambition secrète de concurrencer la NFL

En occupant activement un créneau relativement libre, la NBA est en passe de réussir son pari. Les investissements colossaux en termes de programmation et de communication de la Ligue ont permis un boom des audiences. Entre 2016 et 2017, les trois chaînes de télévision nationales qui diffusent les matchs NBA, soit TNT, ESPN et NBA TV, ont vu leurs audiences augmenter de 20%, le Cavaliers-Warriors captant à lui tout seul 10.1 millions de téléspectateurs. Indéniablement, la NBA intéresse un plus grand public le jour de Noël que le reste de l’année. Pour de nombreux fans, la saison de basketball débute quasiment ce jour-là, prenant le relais de la saison régulière de football qui se termine.

Car si la NFL joue également quelques rencontres le jour de Noël, c’est une autre grande date qui a été investie il y a très longtemps par la Ligue de Football Américain : l’inévitable Thanksgiving. Ce mariage entre Thanksgiving et le football américain a même débuté avant la création de la NFL, le premier match joué à cette date si importante aura lieu en 1869 alors que la NFL n’existera que 40 ans plus tard. Mais depuis des générations, Thanksgiving est devenu synonyme de football, la fête étant résumée par un simple «Family, food and football” :

Dès le départ, la NFL a bâti une tradition. Jouer au football à Thanksgiving remonte aux toutes premières années du football, à la fin du 19ème siècle – Richard Crepeau, professeur d’histoire à la retraite de l’Université de la Floride centrale, spécialiste de l’histoire du sport américain.

Il est évident que la NBA espère faire du jour de Noel son propre Thanksgiving. L’idée de la Ligue de basket est de créer une tradition, d’associer son nom à cette date positive et surtout bien plus globalisée : la popularité grandissante de la NBA s’étend partout dans le monde et aujourd’hui, Français, Mexicains ou Chinois regardent Steph Curry et LeBron James en découdre entre l’ouverture des cadeaux et le repas du 25 décembre.

Vous voulez quelque chose à quoi vous attacher pendant les vacances. Le football nous occupe à Thanksgiving, et maintenant c’est le basket à Noël – Kevin Durant.

S’approcher de la NFL reste difficile et même à Noël, le football attire deux fois plus de monde que le meilleur match NBA : le fameux Cavaliers-Warriors de 2017 et ses 10.1 millions de téléspectateurs ne pèse finalement que très peu face aux 21.4 millions de téléspectateurs lors du Broncos-Chiefs. Mais la NBA compte sur sa stratégie de Noël pour au moins réduire l’écart avec le leader.

La belle image de la NBA renforcée par ces matchs de Noel

Si le basket n’est pas prêt de détrôner le football aux Etats-Unis, certains indicateurs doivent donner le sourire à Adam Silver, le Commissioner de la NBA. L’an dernier, le basket a dû faire face à deux matchs de NFL et si le football en est sorti gagnant, son match phare entre les Eagles et les Raiders a perdu 9 points d’audience par rapport à un lundi soir moyen de saison régulière, preuve que les Américains commence à se lier d’affection pour la NBA le 25 Décembre. La NBA s’est, de toute façon, engagée sur un marathon qui prendra plusieurs années avant de porter ses fruits :

C’est une longue route sur laquelle ils se sont engagés. La tradition est liée à toutes ces choses, et cela devient une sorte de mémoire personnelle et de nostalgie à mesure que les gens grandissent, ils se souviennent d’être à la maison, avec leurs enfants, avec leur famille. La NBA va devoir se battre pour tenter d’en faire partie mais cela en vaut certainement la peine – Richard Crepeau

Les courbes ne sont pas prêtes de se croiser mais la dynamique de la NBA est désormais enviée par la NFL. L’année dernière, une foule de problèmes sur et en dehors du terrain a commencé à impacter la NFL, qui a vu une réelle diminution du nombre de spectateurs. Les controverses se succèdent, entre la colère de Donald Trump envers les joueurs agenouillés pendant l’hymne, les problèmes de commotion cérébrale de plus en plus médiatisés et l’impopularité du Commissioner Roger Goodell, pourtant renouvelé en Décembre dernier, juste avant les matchs de Noël d’ailleurs. Alors qu’en parallèle, l’influence de la NBA s’est, quant à elle étendue au-delà des simples terrains. Les nouvelles têtes de gondoles que sont Curry, James et Durant s’imposent comme des figures mondialisées, capables d’être des icônes culturelles et même politiques. Désormais, la NBA permet et encourage même ses joueurs à s’exprimer sur des questions sociales et politiques.

À l’approche des fêtes de Noël et donc de sa journée la plus importante de la saison régulière, la NBA est donc lancée à toute vitesse pour bousculer la suprématie de la NFL. Réussir à faire intégrer au monde entier que Noël rime avec basket serait une étape supplémentaire pour la Ligue, et un coup de jeune dans l’univers de la tradition sportive, là où la NFL se limite à occuper une fête nationale, américano-centrée.

C’est vraiment cool que je puisse faire ce que je préfère, ce que j’aime le plus, lors d’une journée spéciale. Cela me rend heureux. La NFL a eu Thanksgiving … maintenant Thanksgiving pour la NBA, c’est le jour de Noël – Kevin Durant

Une belle poussée freinée en 2018 ?

D’ici quelques jours, pour le 25 Décembre 2018, la NBA espère donc mobiliser encore plus de monde, de manière à valider les efforts engagés depuis 10 ans. Mais il se pourrait bien que la Ligue n’obtienne pas exactement le résultat attendu le 26 Décembre et que les cadeaux ne soient pas au rendez-vous sous le sapin d’Adam Silver. En effet, dès Aout, lors de la divulgation du calendrier, le programme avait étonné les observateurs. Mais avant d’en débattre, un point sur les matchs proposés s’impose :

  • Bucks @ Knicks sur ESPN
  • Thunder @ Rockets sur ABC
  • 76ers @ Celtic sur ABC
  • Lakers @ Warriors sur ESPN/ABC
  • Blazers @ Jazz sur ESPN

Personne ne fera de critiques sur le match entre les Sixers et les Celtics. Il s’agit là d’un potentiel prélude à la Finale de la Conférence Est ou tout du moins de deux équipes ambitieuses portées par Embiid, Simmons et Butler (un bonus pour la Ligue) d’un côté, Tatum, Irving, Hayward de l’autre. On peut seulement se demander si ce match proposé en 3ème n’aurait pas dû ouvrir cette journée. Mais au lieu de cette affiche, les Américains auront le droit à un plus étonnant Bucks-Knicks en début d’après-midi. Montrer les Knicks est habituel mais sans Porzingis, les New-Yorkais manquent quelque peu attractivité, hormis l’endroit où ils jouent. La NBA a cependant raison de vouloir montrer Giannis Antetokoumpo mais il existe un risque que le match soit plié avant même le 4ème quart-temps, ce qui pourrait entacher l’exposition géante du produit NBA qu’est le jour de Noël.

NBA 2018 Fan Bonnet Père Noël
NBA Fan, Bonnet du Père Nöel – © NBAE via Getty Images

De la même manière, revoir James affronter les Warriors à Noël pour la quatrième année consécutive a du sens mais sera peut-être redondant pour les fans de Basket. Les Lakers vont devoir se sublimer face aux Warriors et il faudra un peu de suspens pour que les millions de téléspectateurs continuent à regarder la NBA après cet événement. Quand aux autres choix de la Ligue, ils sont soit déjà vu – un nouveau Thunder-Rockets -, soit surprenants – à part pour Donovan Mitchell, qui veut voir un Jazz-Blazers ?

Dans sa logique de prolonger le fracas de l’intersaison, la NBA aurait par exemple pu programmer le jour de Noël un affrontement entre les Raptors et les Spurs, soit les anciennes et nouvelles équipes de Kawhi Leonard et DeMar DeRozan. Les Raptors ont remporté 59 matchs l’année dernière et ont ajouté l’un des meilleurs joueurs de la Ligue, ce qui rend leur absence incompréhensible au niveau sportif. Mais pas au niveau commercial : en tant que franchise canadienne, Toronto ne peut voir son audience télévisuelle être prise en compte dans les audiences des télévisions américaines… Pour finir cette remise en question du programme de Noel, un point sur le Warriors-Lakers et Thunder-Rockets. Les Warriors indispensables sportivement et les Lakers médiatiquement, la NBA aurait pu faire jouer Golden State contre les Rockets, pour un remake du match 7 de la dernière Finale de Conférence Ouest et les Lakers contre le Thunder, ce qui aurait eu un goût particulier pour Paul George, une des figures de proue de la NBA d’aujourd’hui qu’on a longtemps imaginé rejoindre la Californie.

Les chiffres d’audience de la NBA seront très intéressants à scruter le 26 Décembre prochain. Est-ce que ce calendrier étonnant pourrait ralentir la progression de la Ligue dans le monde et aux Etats-Unis ? Malgré les efforts et les déclarations, l’association entre Noël et NBA n’est pas aussi profondément ancrée que Thanksgiving et NFL. Avant de sceller cette tradition, de longues années et beaucoup de travail seront nécessaires à la NBA.

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